Eva de Simon Liberati fera bien partie de la rentrée littéraire 2015, sans coupes

Julie Torterolo - 07.08.2015

Edition - Justice - Simon Liberati - Irina Ionesco - Procès


Simon Liberati, poursuivi par Irina Ionesco pour atteinte à la vie privée dans son dernier roman, Eva, a obtenu gain de cause. L’ordonnance de référé tombée en cette fin d’après-midi est sans équivoque : Irina Ionesco s’est vu déboutée de l’ensemble de ses demandes par le juge. 

 

 

 

Éva de Simon Liberati fera bien partie de la rentrée littéraire 2015. Simon Liberati et les éditions Stock ont en effet obtenu gain de cause face à Irina Ionesco. Cette dernière reprochait à l’auteur, son gendre, d’évoquer sa vie amoureuse ou encore sa santé dans son livre. 

 

« Les passages litigieux concernent des détails de sa vie privée comme son acte de naissance, son état civil, que l’auteur prétend avoir lus. Or Simon Liberati n’a pas le droit de s’en servir et encore moins de les publier. Les enlever ne porterait pas atteinte au livre qui n’a pas besoin de ses passages pour exister, la vie privée de Irina Ionesco n’est pas l’objet du livre », expliquait à ActuaLitté Me Pierrat, avocat de la plaignante. 

 

Ce sont les arguments de Me Veil qui ont finalement primé. « La Cour Européenne des Droits de l’Homme et la Cour d’appel sont très claires, quand un individu a déjà exposé sa vie privée, cette personne ne peut en aucune manière revendiquer la protection de sa vie privée sur ces éléments déjà dévoilés, et ne peut encore moins solliciter des mesures aussi graves. » 

 

Ainsi, toutes les demandes – suppression de certains passages ou encore la somme 40.000 euros en réparation du préjudice – de la célèbre photographe ont été tout bonnement déboutées. Autrement dit, irrecevables.

 

Irina Ionesco, représentée par maître Pierrat, pointait du doigt sept passages « faisant état de sa filiation incestueuse, de ses relations sentimentales, de sa santé, de son hygiène de vie et enfin de son rapport à l’argent et son patrimoine ». Ces quelques exemples sont tirés de l’ordonnance de référé, consultée par ActuaLitté : 

 

 

 

 

Face à ces atteintes, les éditions Stock et Simon Liberati, représentés par Anne Veil, ont opposé tout naturellement la liberté d’expression ainsi que l’aspect public d’Irina Ionesco – notamment le fait qu’elle avait déjà révélé un grand nombre de ces détails de sa vie intime dans l' ouvrage L’œil de la poupée, paru en 2004, aux éditions Des Femmes. 

 

Comme le rappelle le tribunal, le respect de la vie privée, droit fondamental de chacun, et la liberté d’expression doivent être jugés de manière équilibrée afin de voir si des mesures aussi graves que priver un livre de plusieurs de ses passages est une sanction « proportionnée ».

 

 

Tous les arguments sont alors mis à plat. Pour le juge des référés, le livre de Simon Liberati ne révèle rien. Il fait état de My Little Princess réalisé par Eva Ionesco, protagoniste du livre de Simon Liberati, son époux. Dans ce film elle donnait déjà en pâture sa mère et dénonçait très largement son mode de vie. L'ouvrage L’œil de la poupée est également pris en compte : le tribunal estime que les personnages, bien qu’ayant des noms et prénoms modifiés, sont reconnaissables. Le livre révélait déjà de nombreux détails de sa vie intime.

 

Le tribunal ne s’arrête pas là. Pour le juge, Irina IOnesco ne serait pas une personne très attachée au concept « de respect de la vie privée » au vu du traitement qu’elle a fait subir à sa fille de ses 4 à 13 ans. Elle avait en effet, et à plusieurs reprises, commercialisé des clichés de son enfant, nue.

 

 

Enfin, en regard de la date de sortie, particulièrement proche, la modification du livre Eva ne peut paraître proportionnée. Tout cela mis à bout, le résultat est là : Irina Ionesco a perdu sur tous les plans. 

 

 

« Personnellement, je trouverais extrêmement grave qu’on puisse porter une telle atteinte à la liberté d’expression », nous assurait Me Anne Veil. Le public jugera à son tour, sans aucun caviardage.