Justice : Les Éditions Gérard de Villiers demandent des comptes à Hachette

Nicolas Gary - 12.11.2014

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Christine de Villiers, gérante de la société Éditions Gérard de Villiers qui publie les titres SAS, a lancé une action en justice contre l'éditeur Hachette Livre. Il s'agit d'un référé, pour exiger du groupe la restitution immédiate de revenus, afin que l'éditeur « rende des comptes sur [ses] agissements », à l'égard d'une seconde structure, la SA GECEP, maison d'édition créée par Gérard de Villiers, qui publiait entre autres Brigade mondaine. L'affaire a été portée devant les tribunaux ce 4 novembre.

 

 


 

 

L'affaire porte sur deux points précis : la première est une demande d'explication pour des prélèvements réalisés par Hachette sur le compte de la SARL De Villiers, après la faillite d'une autre structure éditoriale, la Société Anonyme GECEP. Un prélèvement réalisé au titre de solidarité entre les deux entreprises, et que la plaignante cherche à comprendre. La seconde touche au contrat qui associait les Éditions Gérard de Villiers à Hachette, en tant que distributeur : depuis que le contrat a été dénoncé, au 1er juillet, le groupe aurait séquestré des sommes dues à la SARL, pour lesquelles, là encore, on demande quelques explications.

 

Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que Hachette et les Éditions de Villiers ont plus qu'un passé commun : un passif également. Entre 1988 et 1998, Hachette disposait de 50 % de la maison d'édition, en qualité d'actionnaire. Et voilà que brutalement, et sans prévenir grand monde, Gérard de Villiers a décidé de reprendre son indépendance, en 1998, et de tout récupérer sans avertir personne, nous rappelle Christine de Villiers, aujourd'hui gérante de la SARL. Elle nous a également apporté quelques précisions sur la procédure en cours. 

 

« Je m'étais rendue compte depuis plus de 10 ans qu'Hachette Livre poursuivait un seul et unique but : mettre la "main", à la fois sur les titres de la SA GECEP, mais surtout sur SAS », explique-t-elle à ActuaLitté. « À ce sujet, les vérificateurs de la DNVSF m'avaient dit ceci en 2004, lors du contrôle fiscal que nous avons eu: "Votre mari nous craint... Mais, ce n'est pas nous qu'il doit craindre, c'est Hachette Livre". » 

 

Aucune possibilité d'arrangement à l'amiable n'a été envisagée, poursuit-elle. « L'amiable avec Hachette Livre n'existe pas. Regardez comment ils se comportent avec Amazon... Alors, imaginez avec moi ! » Cependant, la possibilité n'a jamais été écartée, et une mention est proposée dans les différents contrats du groupe. La gérante n'est pour autant pas convaincue : « En réalité, leur système est toujours le même: faire plier par la force. » Et de souligner qu'en dépit des échanges avec l'éditeur, lui assurant de volonté « de se rapprocher des Éditions Gérard de Villiers, leur comportement n'a jamais été en accord avec les intentions affichées ».

 

Depuis le décès de Gérard de Villiers, le 31 octobre 2013, Christine de Villiers reconnaît que ses relations avec Hachette Livre « n'ont jamais été bonnes. Je n'ai jamais eu confiance. S'ils ne sont pas impliqués dans le capitale d'une société, ils n'ont qu'une intention : y entrer ». Or, elle n'a jamais eu l'intention d'ouvrir les Éditions Gérard de Villiers à qui que ce soit. « Hachette a semblé poursuivre un seul et unique but : mettre la main sur SAS. » 

 

Sa structure éditoriale, qui aujourd'hui publie des traductions des oeuvres, avec couverture revue et corrigée, accuse cependant une baisse des ventes, « même si la santé de la SARL n'a pas été entamée ». Voilà trois semaines, Chaos in Kabul est sorti aux États-Unis. Dans le même temps, l'éditeur Random House a organisé un concours pour ses lecteurs, en sélectionnant la traduction du livre de Gérad de Villiers parmi une liste de polars américains. « C'est le rêve américain de mon mari qui se réalise. La maison d'édition américaine a fait un excellent travail avec les couvertures, et accorde une belle place aux livres de Gérard de Villiers. »

 

Selon nos informations, le président du tribunal aurait laissé entendre qu'il pouvait se déclarer incompétent à trancher, parce qu'il y avait là une contestation sérieuse. Le délibéré devrait être rendu dans les prochains jours, l'assignation en référé ayant été considérée par le Tribunal de Commerce de Paris comme une assignation devant être jugée au fond. Nous n'avons pas encore pu obtenir de réactions de la part du groupe Hachette et mettrons bien entendu ce sujet à jour.

 

À compter de janvier 2015, la société a confié sa distribution à Interforum, avec la perspective de « renouer avec les grandes heures de la série SAS ».

 

Mise à jour : 

Chez Hachette Livre, on explique que le jugement a bel et bien été rendu sur le siège. Le plaignant a été débouté de toutes ses demandes, et que l'ordonnance est en cours de communication aux parties.