Justice : Patrick de Carolis n'a pas plagié Pierre Grimal

Clément Solym - 06.04.2013

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L'affaire remonte à quelque temps maintenant. Le Canard enchaîné avait dévoilé, en novembre 2011, que le dernier ouvrage de Patrick de Carolis, La dame du Palatin allait faire l'objet d'une plainte pour plagiat. La veuve de Pierre Grimal, immense homme des lettres latines, estimait que l'on retrouvait bien trop de choses ressemblant à L'amour à Rome, paru en 1979.

 

 

 

 

L'éditeur, Plon, avait dégainé rapidement, en considérant que l'accusation était « injuste et particulièrement grave ». Et de Carolis d'ajouter : « Mon éditeur et moi-même sommes dans notre droit. Les données historiques qui servent de contexte à mon roman n'appartiennent pas à untel ou untel. Ou alors, il faudrait considérer que tous les historiens de l'Antiquité pillent Tacite, Suetone, Pline le jeune… »

  

Plon taclait également des « ayants droits belliqueux », qui font des misères à de pauvres écrivains et romanciers qui ne font qu'oeuvrer dans leur univers de mot. Mais ce que ne précise pas le communiqué de l'éditeur, c'est que Laurence Grimal a démasqué 175 passages indélicats, ce qui peut laisser dubitatif quant à l'originalité réelle. Cela dit, Plon défend bec et ongle son auteur, estimant qu'avec cette plainte pour plagiat, ce sont la liberté d'expression et de création qui sont menacées.

 

Reste alors que de Carolis avait donc inventé les mariages de Sénèque, sur lesquels nous ne savons rien, et que c'est son talent d'écrivain qui a fait le reste. Et pour ce qui est de possibles similitudes, il ne faut que les imputer aux manuels d'histoire latine, et aux historiens qui n'ont pas su enseigner différemment.

 

Historiens au rang desquels on mettait sans peine Pierre Grimal... Voici un des petits exemples que le Volatile publiait en novembre. 

Chez Carolis : « Elle est accueillie dans l'atrium par Taurus, qui lui offre le feu et l'eau, symboles de la vie commune et du culte familial, mais aussi éléments vitaux à la célébration des rites sacrés. »

Chez Grimal : « La fiancée attendait dans l'atrium, et lui offrait le feu et l'eau ces deux éléments vitaux, indispensables à l'existence aussi bien qu'aux rites sacrés. »

 

Dans tous les cas, la plainte était déposée et en janvier 2013, Patrick de Carolis était invité à répondre devant la justice de ces accusations. Car pour la veuve de Pierre Grimal, l'affaire ne faisait aucun doute : « Si vraiment Partrick de Carolis avait puisé directement dans des sources historiques, par quel miracle ces dernières ont-elles, en atterrissant dans son livre, pris le style, les mots, les tournures de Pierre Grimal ? » 

 

Seul plagiat, celui de l'Histoire

 

Eh bien, depuis le 13 décembre 2011 où l'assignation en justice était tombée, le Tribunal de Grande Instance de Paris a rendu son verdict, innocentant l'auteur de tout « plagiat caractérisé », concernant l'ouvrage La Dame du Palatin. « Patrick de Carolis se réjouit que la justice ait reconnu son travail », explique un communiqué de presse. 

 

Pour le TGI, les accusations ne tiennent donc pas. « À quelques exceptions près qui sont insuffisantes à caractériser un quelconque plagiat, la formulation, la construction et d'une manière générale la présentation ne montrent aucune similitude entre l'oeuvre de Pierre Grimal et le roman de Patrick de Carolis », souligne le tribunal. En effet, Patrick de Carolis a probablement « lu attentivement l'oeuvre de Pierre Grimal au point de sélectionner comme lui certains faits et d'en éliminer d'autres, si ces livres ont donc visiblement fait partie de ses sources, qu'il aurait du reste été élégant de citer », il n'en reste pas moins qu'aucun plagiat n'est constaté.

 

De la sorte, la Laurence Grimal versera la somme de 3000 € à Patrick de Carolis et son éditeur au titre de frais de justice, ainsi que l'a demandé le juge Éric Halphen, qui présidait la séance. Selon le verdict, on reconnaît toutefois une reprise unique, touche des faits ou des informations « qui font partie du champ ouvert à tout auteur d'ouvrage historique ou à connotation historique, ou encore de détails habilement distillés de sorte qu'aucune phrase n'est la reprise au mot à mot de phrases originales figurant dans les (...) livres de Pierre Grimal », rapporte l'AFP.

 

Les demandeurs sont donc déboutés, suite à l'audience du 5 avril dernier. « La justice reconnaît qu'aucun plagiat n'est caractérisé et que la formulation, la construction et d'une manière générale la présentation ne montrent aucune similitude entre l'œuvre de Pierre Grimal et le roman de Patrick de Carolis. »