Kansas : une bibliothèque en colère contre la politique de prêt d'ebooks

Clément Solym - 13.11.2012

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Des réseaux sociaux viendrait la révolution numérique dans le prêt d'ebooks, tant attendue, et espérée, pour les bibliothèques ? Celle de l'État du Kansas a en tout cas lancé une grande campagne contre les pratiques déloyales, relatives aux établissements et aux usagers. Les responsables souhaitent attirer l'attention sur les titres que les éditeurs refusent de vendre aux bib, les prix abusifs et les limites imposées sur tout titre que la bib achète...

 

 


 

 

Les six grosses écuries éditoriales sont passées à la moulinette : Hachette, Macmillan, HarperCollins, Simon & Schuster, Random House et Penguin, disposent de best-sellers, dont les bibliothécaires s'estiment privés. Écrire aux éditeurs et se plaindre ne suffisait cependant pas : il fallait en passer par Facebook pour attirer l'attention, et alerter tant le public que les maisons d'une insupportable situation.

 

La Page Facebook, The BIG 6, est extrêmement explicite, soulignant que les grandes maisons rendent difficile sinon impossible pour les bibliothèques d'acheter des ebooks. Et les organisateurs de la page de se plaindre que les maisons ne leur donnent justement pas accès aux ouvrages que veulent lire les usagers, tout en dénonçant des tarifs de vente délirants - comme ces 85 $ à verser pour acheter un titre numérique. 

 

Pour l'heure, seul HarperCollins a rapidement répondu, faisant état d'une lettre ouverte diffusée en 2010 aux bibliothèques, pour expliquer la politique. Et d'expliquer les nécessaires modifications dans la politique tarifaire sont induits par un changement des comportements qui pourraient nuire à la croissance même du livre numérique. De ce fait, l'éditeur était contraint de rehausser ses tarifs, pour trouver « un équilibre entre les missions et les besoins des bibliothèques, de leurs usagers, et ceux des auteurs et des libraires ». (via Kansas City)

 

Reste qu'avec la popularité toujours croissante du livre numérique outre-Atlantique, les usagers réclament de plus en plus de titres, et que laisser un pan complet du catalogue vacant, c'est également ouvrir la porte plus grande à l'offre d'Amazon. La société a en effet mis en place un service de prêt gratuit d'ebooks, pour les clients disposant d'un compte Premium. Ce derniers peuvent alors profiter d'ebooks gratuitement, sans limite, mais en ne téléchargeant qu'un seul exemplaire à la fois. 

 

Et pendant ce temps, en France...

 

En France, outre la position immuable de Hachette Livre, la situation n'évolue guère. Arnaud Nourry, PDG de Hachette expliquait durant le Salon du livre de Paris 2012 : « Ces lieux ont pour vocation d'offrir à des gens qui n'ont pas les moyens financiers, un accès subventionné par la collectivité, au livre. Nous sommes très attachés aux bibliothèques, qui sont des clients très importants pour nos éditeurs, particulièrement en littérature.

 

Alors, il faut vous retourner la question : est-ce que les acheteurs d'iPad ont besoin qu'on les aide à se procurer des livres numériques gratuitement ? Je ne suis pas certain que cela corresponde à la mission des bibliothèques. Par définition, me semble-t-il, les gens qui ont acheté un Kindle ou un iPad, ont un pouvoir d'achat, là où les gens qui sont les usagers de ces lieux en manquent. »

 

À l'occasion des Assises du livre numérique, organisées par le SNE la semaine passée, les déclarations d'intention n'ont pas été des moindres. Pour Claude de Saint-Vincent, du groupe Media Participations : « L'accès libre, gratuit et illimité, ou même à distance signe la fin des librairies numériques. »