Kenya : la fin de la TVA sur les livres approche, après 3 années de calvaire

Clément Solym - 31.08.2016

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La décision prise par les législateurs kenyans de finalement supprimer le taux de TVA sur les livres est accueillie avec bonheur. Depuis octobre 2013 et l’introduction de cette taxation, l’impact sur les ventes a été catastrophique, garantit l’Association des éditeurs kenyans (AEK). Et cette dernière a travaillé autant que possible pour parvenir à faire disparaître la taxe de 16 % sur les ouvrages.

 

David Waweru, directeur de l'association des éditeurs du Kenya

 

 

Après trois années de TVA sur les livres, les résultats sont manifestes, explique David Waweru, président de l’AEK. Voilà des années que l’organisation souligne combien la moindre hausse tarifaire serait catastrophique, même à un faible niveau. Le marché du livre, particulièrement fragile dans le pays, a dont été durement touché.

 

Avec l’introduction d’une TVA de 16 %, les résultats ne se sont pas fait attendre : les ventes de livres ont chuté de plus de 35 % sur l’ensemble du territoire. Et dans le même temps, les ventes de livres scolaires, qui représentent 85 % des ventes totales, ont été totalement, ou presque, éclipsées par la contrefaçon. 

 

Durant l’été, à l’approche des discussions parlementaires, l’AEK a intensifié sa campagne #NoVATonBooks, menée sur les réseaux sociaux. Difficile de savoir quelle en fut l’incidence, mais dans l’examen du projet de loi de finances 2016, une rectification est apportée. 

 

Rencontre entre David Waweru et Ben Steward, directeur de la communication et Liberté de publication à l’IPA

 

 

En janvier, une pétition était engagée, mais elle n’a reçu que 69 signatures. Son message était pourtant limpide : « La TVA sur les livres est une taxe sur les connaissances. Actuellement, accéder à une éducation de qualité au Kenya est un privilège qui reste largement hors de portée d’une majorité de personnes pauvres. Taxer les livres ajoute un fardeau économique à ceux pour qui le savoir serait le plus bénéfique, représentant un moyen d‘échapper à la pauvreté perpétuelle. »

 

Répondre à des impératifs qui dépassent l'économie

 

David Waweru, repris par l’International Publishers Association, explique que le projet de loi actuellement discuté pourrait « favoriser les classes moyennes et supérieures. Pourquoi n’existe-t-il pas de TVA sur les frais de parking — une chose élitiste — alors même que les livres sont particulièrement nécessaires pour la majorité des Kenyans ? » (via IPA)

 

Le responsable de l’Oxford University Press, John Mwazemba, par ailleurs trésorier de l’AEK, souligne que « [l]’éducation à un prix abordable est un droit que chaque enfant du Kenya devrait se voir accorder, conformément aux objectifs de la politique nationale de développement, Vision 2030. »

 

L’éducation est l’arme la plus puissante que vous pouvez utiliser pour changer le monde. Nelson Mandela

 

Ben Steward, présent lors de la conférence de presse du 15 août, à Nairobi, ajoutait : « Les livres sont un produit tout particulier dans les besoins de base, et doivent être traités comme tels. Le fait que de nombreux pays appliquent déjà un taux réduit de TVA pour les livres physiques est un marqueur reconnaissant de façon claire et évidente l’importance stratégique des livres. Les pays qui n’y sont pas encore passés devraient franchir l’étape suivante et détaxer les livres. »

 

Avant que le pays n’assure une transition numérique qui permettra de proposer des infrastructures aux écoles et institutions, cette disparition de la TVA reste cruciale. À ce jour, internet, ordinateurs et autres appareils sont des denrées rares. Le livre papier reste encore le plus facilement accessible...

 

La 19e édition de la Foire internationale du livre qui se tiendra à Nairobi du 21 au 25 septembre pourrait marquer de grandes réjouissances...