Kerouac avant la bouteille : vie et survie d'un beatnik

Antoine Oury - 20.01.2014

Edition - International - Jack Kerouac - King of the Beats - documentaire


En 1969, Jack Kerouac s'éteignait, et sa disparition laissait un goût amer de défaite dans la bouche de ses compagnons de fortune, d'infortunes et de voyages. John Antonelli a reconstitué le parcours de l'écrivain, de sa naissance à sa mort, dans un documentaire réalisé en 1985, au coeur du mandat de Ronald Reagan. Il permet de voir l'écrivain prendre de la bouteille, au propre comme au figuré.

 


Jack Kerouac Alley

La Jack Kerouac Alley, à San Francisco (Goodnight London, CC BY 2.0)

 

 

Né à Lowell, dans le Massachusetts, Kerouac se destine tout d'abord à une carrière de sportif, dans le domaine du football. Mais une blessure, qui sonne alors comme un coup du sort, le laisse incapable de jouer à un niveau professionnel. L'homme en profite alors pour voyager un maximum, et rédiger ce qui deviendra son premier roman, On the Road.

 

La légende est passée par là : écrit en trois semaines, sur un seul rouleau, le manuscrit mettra près de six ans à convaincre un éditeur, et ce délai entretient la peine et la misère du futur auteur adulé :

Qu'est ce qu'il me reste ? J'ai trente ans, ruiné, ma femme me déteste et essaye de m'envoyer en prison. J'ai une fille que je ne verrai jamais. Ma propre mère, après des années de travail et d'inquiétude, se casse toujours le dos dans un magasin de chaussures. Et je n'ai pas un cent en poche pour une pute potable. Putain de merde, j'ai l'impression que la seule chose capable de m'accueillir est la mort.

Ce n'est que 5 ans après cette lettre, envoyée à son ami John Clellon Holmes, que Kerouac trouvera un peu d'aise avec le succès d'On the Road. Néanmoins, le mal est fait : Kerouac a commencé à boire, et même ses amis beatniks remarqueront que sa descente risque de le faire basculer dans l'alcoolisme.

 

L'auteur, au fil de sa bibliographie, tentera de se détacher de ses pulsions d'autodestruction, à la faveur d'une retraite sur la plage de Big Sur, par exemple, en 1962. Sans succès, sauf en librairies.

 

 

 

(via Open Culture)