Kindle 2 viole le droit d'auteur, ou celui du consommateur ?

Clément Solym - 31.03.2009

Edition - Justice - Kindle - violation - droit


Lancé en février dernier, le Kindle 2 n'aura pas connu de période de calme entre les critiques qui lui furent adressées par une industrie peu satisfaite de ses nouvelles fonctions ou encore la plainte pour violation de brevet déposée par Discovery.

Copie privée et usage tiers

Ce qui aura - à juste titre - fait parler surtout, c'est cette fonction Read To Me, permettant la lecture par synthèse vocale, des ebooks, considérée comme une violation du droit d'auteur par la Guilde du même nom. Mais il se pourrait bien que cette dernière se soit fourvoyée, outre la plainte que pourraient déposer les associations d'handicapés qui considèrent son retrait comme une discrimination.

Examinons ce point : a-t-on le droit de photographier un tableau qui se trouve chez nous pour la garder dans son portefeuille ? Ou de copier un disque pour son usage personnel sans l'accord du musicien (rappel : on paye en France une taxe dite Copie privée sur les DVD, clefs USB, etc., pour avoir ce droit...) ? Si c'est pour revendre ces reproductions, l'infraction existe, mais quid de l'usage personnel ? Ainsi en va-t-il de la conversion du texte en version audio qui serait alors une violation du droit d'auteur.

Violation du droit, mais lequel ?

Mais dans tous les cas, Amazon n'est pas responsable : c'est l'utilisateur qui opère cette conversion, de même qu'il utilise un logiciel pour compresser son CD audio, et dans ce cas, on ne condamne pas l'éditeur du logiciel... Ce qui rend la problématique du droit d'auteur un peu biaisée. Alors Amazon pour réagir a expliqué que ce serait aux éditeurs de choisir s'ils souhaitent que la fonction soit active sur leur fichier. Ce à quoi la Guilde a répondu : n'acceptez pas ! Sous-entendu, ce produit est mauvais pour notre lobbying, pourrait-on croire...

Commandé à distance : un vice caché ?

Or, malgré les performances de cette fonctionnalité, elle ne piétine pas les plates-bandes du véritable livre audio. Mais celle de l'industrie qui n'a plus la main-mise sur le marché. Or dans tout cela, il semble qu'une information capitale ait échappé : comment Amazon va-t-il pouvoir désactiver cette fonction au cas par cas ? Car cela doit être techniquement possible pour que le vendeur le propose. Deux choses alors : soit cela avait été prévu et Amazon avait anticipé la situation et jouait donc avec plusieurs coups d'avance, soit il faudra une mise à jour du firmware qui va rétrograder les fonctionnalités du Kindle.

Dès lors, on se retrouve dans une situation cocasse, où l'appel du pied fait au consommateur alléché par des fonctions nouvelles - pas tant que ça, le Cytale en disposait déjà, voilà 10 ans - se retourne contre lui. On a payé pour des services, lesquels nous sont finalement retirés. Et la possibilité que le lecteur soit manipulé à distance par Amazon n'est pas des plus rassurantes... Achèterait-on une voiture, si la climatisation peut être désactivée par le vendeur ?