Kindle s'installe dans les librairies indépendantes italiennes

Nicolas Gary - 10.11.2015

Edition - Librairies - Kindle Italie - librairie indépendante - livre numérique


Voilà un an et demi maintenant, les librairies italiennes Giunti al Punto passaient un accord avec Amazon : la chaîne d’établissements allait proposer dans ses 180 points de vente le Kindle d’Amazon, ainsi que l’interface d’achat, opérée par Amazon. Martino Montanarini, alors administrateur délégué, souhaitait la constitution « d’une librairie du futur ». Eh bien le futur s’est mis en marche.

 

Giunti al Punto librairie

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Dans un communiqué diffusé la semaine passée, Giunti annonce fièrement qu’un nouvel accord de distribution a été passé avec Amazon. Désormais, le Kindle Paperwhite est proposé aux libraires indépendants, à travers toute l’Italie. Martino Montanarini parle cette fois d’une « occasion extraordinaire pour toutes les librairies indépendantes, qui offriront le meilleur eReader du marcha à leurs clients ». Et bien entendu, l’écosystème propriétaire qui va avec. 

 

Jorrit Van der Meulen, vice-président de Kindle, rappelle, non sans ironie, toute l’importance des librairies indépendantes, au sein de leur communauté. « Grâce à cet accord, avec Giunti, en Italie, elles peuvent proposer à leurs clients différentes formes de lecture, y compris des titres numériques. Les librairies indépendantes italiennes sont les premières à avoir cette opportunité de promouvoir la lecture sous toutes ses formes. »

 

Vendre le Kindle Paperwhite dans les librairies indépendantes – soit un appareil de lecture à 129,99 € – est un accord juteux. L’espace Kindle dispose de 105.000 ouvrages italiens, et décline bien entendu son outil de lecture en différentes applications accessibles tant sur tablettes que smartphones, indépendamment de leur système d’exploitation. 

 

« Les librairies indépendantes deviennent des protagonistes du changement en cette ère de grandes mutations dans le monde du livre », poursuit Giunti. La chaîne de librairies couvre l’intégralité du territoire italien, jusqu’à la Sardaigne et la Sicile, mais connaît surtout une très forte concentration autour de Milan. Et en l’espace d’une année, Kindle a engrangé près de 30.000 ebooks supplémentaires pour son catalogue italien. 

 

Tolino, l'outsider venu d'Allemagne

 

En Italie, l’opérateur allemand Tolino a déjà commencé à déployer son écosystème, reposant sur un lecteur ebook et un ebookstore dédié pour les libraires. L’expansion européenne est bien amorcée, mais l’on ignore encore combien de librairies italiennes ont choisi ce modèle. 

 

Reste qu’en France, aucune décision n’a été prise. Matthieu de Montchalin, président du Syndicat de la librairie française expliquait à ActuaLitté en juin dernier que le « SLF a également eu des échanges avec Tolino : le système est techniquement très bon, il a fait ses preuves commercialement, mais en termes de coûts, il est quand même très cher pour des libraires indépendants, bien plus que MO3T ». 

 

Sauf que MO3T, l’environnement initié par Orange, qui est l’équivalent point à point, à celui de Tolino, n’avance pas du tout. Les libraires seraient disposés à s’y investir, mais pour l’heure aucune nouvelle. Il nuançait toutefois : « Je sais bien qu’il ne s’agit pas de la préoccupation première des libraires du SLF, mais j’imagine toujours une situation où le livre numérique progresserait de 10 % en 18 mois, comme cela s’est produit dans beaucoup de pays, pour finalement représenter 5 à 10 % du marché : le libraire se retournera vers le syndicat en déplorant l’absence de solution. »

 

Waterstone, le mauvais contre-exemple

 

Dans le même temps, les critiques opposeront les résultats présentés par les librairies britanniques Waterstone, qui avaient passé un accord avec Amazon. James Daunt fournissait des informations assez peu étonnantes, sur l’état des finances. « Les ebooks ont développé une part de marché, bien sûr, mais tout à porte à croire – et certainement, si l’on regarde l’Amérique – que cette part est déjà en déclin. Les indicateurs pointent qu’il en sera exactement de même pour le marché britannique », précisait le PDG de la firme. 

 

Pourtant, Waterstone dispose de 290 établissements physiques et s’était engagé avec Amazon depuis 2012, pour résoudre la question du numérique. Mais début octobre, Waterstone choisissait de supprimer les Kindle de ses tables : « Les ventes de Kindle continuent d’être quantité négligeable, nous supprimons donc de plus en plus les étals de Kindle de nos magasins. Cela ressemble beaucoup à la vie imprévisible de ces best-sellers : un jour les piles s’accumulent, les ventes sont impressionnantes ; et le suivant, chaque vente devient une bénédiction qui dégage les étagères, pour faire place à quelque chose de nouveau. Parfois, bien sûr, les ventes “rebondissent”, mais ce n’est pas le cas avec les Kindle. »

 

Pour certains, cette décision rimait avec la fin du développement du livre numérique, mais la nuance est d’importance : c’est dans le cadre des librairies Waterstone que les ventes baissent. Et surtout, une fois que le client a acheté son Kindle, il ne lui est pas nécessaire d’acheter via le libraire : il peut passer directement par le Kindle Store. Raison pour laquelle Amazon affirmait que les ventes continuaient d’augmenter sur le territoire britannique.