Avec 0,0057 $ par page, les auteurs sont-ils bien rémunérés ?

Nicolas Gary - 17.08.2015

Edition - Economie - auteurs Amazon - Kindle unlimited ventes - livres numériques Amazon


Depuis quelques semaines, Amazon a franchi la barre du million de titres numériques inscrits dans son service Kindle Unlimited. Ce chiffre a été passé en juin dernier, dans une discrète transition. C’est que, un mois plus tard, la société allait annoncer une totale révision de sa politique tarifaire : désormais, les auteurs indépendants seraient payés à la page lue. Une méthode plus respectueuse des œuvres, assurait-on. Évidemment.

 

kindle unlimited

Maria Elena, CC BY 2.0

 

 

Le procédé était ingénu : un ouvrage de 50 pages ou 500 pages rémunérait son auteur en vertu d’une cagnotte abondée par Amazon. Et dès que le client avait passé les 20 % du livre, l’auteur était intégralement payé. Certains y voyaient une vilaine injustice : on passe plus facilement 20 % d’un ouvrage de 50 pages que de 500... Moralité, le paiement à la page était plus équitable.

 

Avec aujourd’hui un catalogue de 3,588 millions de titres numériques en vente, et plus d’un million de titres dans Kindle Unlimited, la firme dispose de 28 % de son offre de vente à l’unité dans le service de lecture en illimité. Autrement considéré, depuis les 600.000 œuvres présentées en juillet 2014, date de lancement, la firme ne doit pas jubiler. Si c’était le cas, nous aurions eu droit à un joli communiqué de presse pour annoncer la bonne nouvelle.

 

Avec la modification des tarifs, les auteurs indépendants allaient donc percevoir 0,006 $ par page lue. Et dans les faits, pour le mois de juillet, les ouvrages intégrés à Kindle Unlimited, et entrés dans le programme KDP Select Global, ont bien reçu... 0,0058 $.

 

La société affirme en effet avoir abondé 11,5 millions $ pour sa grande cagnotte, et les auteurs de KDP Select ont touché plus de 100 millions $ de ce fonds depuis juillet 2014. Rappelons également que ce montant concerne les éditeurs et les auteurs indépendants qui ont souscrit au KDP Select – autrement dit, accorder une exclusivité à Amazon sur leurs livres. 

 

Cette somme divisée par le nombre de titres donne donc une rémunération comprise entre 0,00576 et 0,00577 par page lue. Alors que les auteurs avaient perçu en juin dernier une rémunération de 1,34 $ par ouvrage. (via Digital Reader)

 

"Le seul coût est l'exclusivité"

 

L’un des grands partisans de ce nouveau mode de rémunération, Hugh Howey, semble plutôt satisfait cette solution. Lui qui avait pris part à KU pour expérimenter ce canal, avait choisi de retirer ses ouvrages après une certaine période – il concluait que le modèle était bancal, voire injuste, et pas question de poursuivre. Mais avec les modifications tarifaires, il s’est relancé dans le programme.

 

Dans un billet, il détaille partiellement les résultats de son expérience. Il reconnaît la contrainte de l’exclusivité, mais note que la concentration des ventes chez un revendeur unique permettrait de toucher un plus grand nombre de lecteurs. En réalité, tous les commentaires et ventes sont centralisés, encourageant les lecteurs à se lancer. 

 

Après une semaine, il conclut que, non seulement ses finances sont au beau fixe, mais surtout les ventes unitaires ont progressé pour les titres référencés dans Kindle Unlimited.

 

Et ce sont des romans qu’il a placés dans ce programme : « Mon revenu global a doublé, même avec la perte des autres points de vente, et je vais toucher plus de lecteurs. C’est comme faire de la publicité, pour laquelle je serais payé, et une publicité qui amène plus de ventes. Le seul coût est l’exclusivité. » (voir son billet)

 

Et celui d’un acteur unique, mais peut-on reprocher à un auteur de vouloir vendre ses livres ? Bien plutôt d’avoir la vue un peu courte... et encore.