L'ABF voit rouge et espère plus de noms en liste noire du Salon Beige

Antoine Oury - 11.02.2014

Edition - Bibliothèques - bibliothèques - ABF - Le Salon Beige


Après la réaction de la ministre de la Culture, mais aussi de bibliothécaires et de citoyens courroucés par les demandes de retraits d'ouvrages émanant du blog Le Salon Beige, lié au Printemps français, l'ABF, première organisation professionnelle, réagit dans un communiqué. Elle rappelle la mission fondamentale des établissements, incompatibles avec une forme de censure ou d'autocensure.

 

 

médiathèque (ORANGE,FR84)

La jeunesse en perdition, selon Le Salon Beige (jean-louis Zimmermann, CC BY 2.0)

  

 

L'ABF (Association des Bibliothécaires de France) est une organisation professionnelle qui regroupe 3.000 professionnels « de tous types d'établissements quels que soient leur grade ou leur fonction ». Elle s'exprime donc en leur nom dans ce communiqué publié ce matin, justement virulent pour rappeler la liberté des bibliothécaires dans leur politique documentaire.

Nous, Association des Bibliothécaires de France, tenons à exprimer notre désaccord profond avec ces prises de positions partisanes et extrêmes. Nous espérons bien au contraire que la liste des bibliothèques ayant procédé à ces acquisitions s'allongera car c'est le rôle des bibliothèques et des bibliothécaires que de proposer au public des livres pour toutes et tous et sur tous les sujets pour favoriser les débats, lutter contre les prescriptions idéologiques et donner aux enfants comme aux adultes les clés pour comprendre le monde dans lequel ils vivent.

La libéralisation des moeurs et des pratiques sexuelles de chacun, dans la société contemporaine, qui se traduit dans la loi par l'ouverture du mariage et de l'adoption pour les couples homosexuels, signifient bien que les bibliothèques doivent proposer une offre documentaire relative à ces questions de société. Par ailleurs, il semble évident que la promotion de la lecture passe par une offre qui s'adresse à tous, sans distinction.

 

Pour la jeunesse aussi : après tout, l'éducation des enfants dépend aussi bien des parents que des enseignants, et toute famille peut librement choisir quels ouvrages faire lire ou ne pas faire lire dans une bibliothèque publique. « Comme l'affirme le code de déontologie de l'Association des Bibliothécaires de France, le bibliothécaire s'engage, en effet, à favoriser la réflexion de chacun et chacune par la constitution de collections répondant à des critères d'objectivité, d'impartialité, de pluralité d'opinion, à ne pratiquer aucune censure, et à offrir aux usagers l'ensemble des documents nécessaires à sa compréhension autonome des débats publics et de l'actualité », rappelle le communiqué.

 

Comme l'explique encore le texte, la politique documentaire des établissements ne se revendique d'aucune école : c'est la volonté de proposer « une offre pluraliste » qui guide avant tout les choix des bibliothécaires. Et ce sont les réponses des usagers qui concluent la défense du métier par l'ABF : « Par là même, ils accompagnent l'action des bibliothécaires en faveur de l'égalité. » 

 

La vive émotion, et les réactions non moins vives, qui ont suivi l'annonce de ces listes de « bibliothèques idéologiques » ne peut qu'encourager les bibliothécaires à ne pas céder.