L'accès aux livres se réduit dans les prisons canadiennes

Antoine Oury - 06.09.2014

Edition - Société - lecture prison fédérale - Canada coupes budgets - bibliothèque illettrisme


Les militants ou membres d'association donnent l'alerte au Canada, où une vague de coupes dans les budgets des prisons menace, d'après eux, l'accès des détenus aux livres. Les budgets et le personnel des bibliothèques pénitentiaires se réduisent à vue d'oeil, et l'inquiétude grandit quant à la réintégration ou à l'équilibre mental des détenus.

 

 

Jail cells at the Southborough Police Station

(my_southborough, CC BY-ND 2.0)

 

 

En 2013, le pénitencier de Saskatchewan, à Prince Albert, n'a pas renouvellé le contrat passé avec une bibliothèque locale, privant ses résidents d'un accès aux livres. La bibliothèque de l'établissement était ouverte 5 jours par semaine, et une cinquantaine de documents étaient empruntés chaque jour. Le coût total était estimé, par an, à 70.000 $.

 

La dégradation des services n'est pas limitée à ce seul exemple : dans l'Ontario ou au Québec, d'autres structures ont réduit les horaires d'ouverture pour des raisons budgétaires.

 

Joan McEwen, avocate qui a tenu des cours d'écriture au sein d'une prison de Colombie-Britannique, fait partie des inquiets face à cette décision fédérale. « Lire compte pour une part importante dans notre développement d'êtres humains. Cela représente énormément dans la culture et la civilisation, et c'est un temps indispensable en prison », explique-t-elle en utilisant le mot « prosocial ».

 

Le terme est devenu une expression pour qualifier la réintégration des prisonniers à la société civile, un processus dans lequel la lecture a toute son importance. « Le niveau scolaire moyen correspond au Grade 8 [l'année de seconde en France, NdR], mais les programmes correctionnels nécessitent généralement un niveau Grade 8 ou supérieur », note Carol Finlay, professeur d'anglais à la tête d'un club de lecture dans la prison de Collins Bay.

 

Les opposants à ces baisses de budgets soulignent que la bibliothèque est le lieu de l'apprentissage informel, pour les détenus : parmi ces derniers, ceux qui ne bénéficient pas ou plus du soutien de leur famille ne suivent pratiquement jamais les cours proposés. Par ailleurs, la valeur sociale de la lecture et de la bibliothèque est mise en avant pour contester ces budgets en baisse.

 

La dégradation du service des bibliothèques serait due aux seules réductions budgétaires : le Service Correctionnel du Canada (CSC) a expliqué « reconnaître les bienfaits de l'éducation et de l'alphabétisation, qui permettent aux détenus de suivre d'autres programmes proposés par le CSC, et de devenir des citoyens en règle ». Le service assure que les infrastructures sont toujours en place, et que les détenus peuvent, pendant leur heure de promenade, se rendre sans limites à la bibliothèque.

 

Assiste-t-on à une vaste dégradation des conditions de détention dans les prisons occidentales ? La Grande-Bretagne, par une décision du Secrétaire d'État à la Justice, a récemment interdit les envois de livres aux détenus, cette fois pour des raisons de sécurité. En France, la situation reste difficile pour les bibliothèques pénitentiaires, mais une récente loi devrait toutefois mettre en place des programmes de remise de peine par la lecture.