Une rentrée littéraire accessible semée d'embûches

Antoine Oury - 02.09.2015

Edition - Société - rentrée littéraire - accessibilité - SNE CNL


Bonne nouvelle : alors que l'opération rentrée littéraire accessible portée par le Syndicat National de l'Édition et du Centre National du Livre entre dans sa troisième année, l'accessibilité aux textes est devenue un sujet central dans les discussions portant sur l'accès au livre. Mauvaise nouvelle : entre une communication à la traîne, l'absence de coopération entre les organismes et des lois peu arrangeantes, beaucoup d'énergie se perd en cours de route.

 

Braille wine label

Pas encore l'heure de fêter ça... (Jeremy Keith, CC BY 2.0)

 

 

Pour la troisième année consécutive, le Syndicat National de l'Édition et le Centre National du Livre vont mettre en avant la rentrée littéraire accessible, soit la mise à disposition d'une grande partie des 589 ouvrages programmés auprès des publics empêchés de lire. 330 titres environ seront adaptés, d'après une liste constituée par le Syndicat National de l'Édition : « Certains titres sont directement attribués à des organismes, et on répartit le reste », explique Alex Bernier, directeur technique de l'association BrailleNet, un des organismes qui participent à la mise en accessibilité des ouvrages.

 

BrailleNet a déjà adapté 110 titres de cette rentrée, accessibles via la Bibliothèque Numérique Francophone Accessible (BNFA), qui rassemble les associations BrailleNet, donc, mais aussi le Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes (GIAA) et l'Association pour le Bien des Aveugles et des malvoyants (ABA). D'ici quelques jours, 150 titres seront disponibles, et bientôt environ 330, soit « plus de la moitié de la production, quand 8 % de la production livresque, en moyenne, est accessible », souligne Alex Bernier. 

 

Si les efforts payent doucement, avec des professionnels plus sensibles à la question, le chemin est encore long pour que l'accessibilité aux livres soit vraiment considérée. Au sein même des organismes spécialisés, on déplore par exemple une communication tardive de la part du CNL et du SNE, quand la rentrée littéraire est déjà sortie des esprits et des rédactions.

 

Par ailleurs, rassembler les différents organismes relève du tour de force : l'Association Valentin Haüy s'est ainsi désolidarisée, cette année, de l'opération CNL-SNE, pour adapter 70 titres sélectionnés par ses soins, disponibles en téléchargement ou en CD gravé à la demande. Mais le pire, c'est que les différents organismes ne collaboreraient pas vraiment, et procèdent parfois à des doubles adaptations. Toutes les organisations le déplorent, mais n'en règlent pas pour autant leurs différends.

 

Beaucoup d'espoirs sont mis dans la future loi Création, présentée par la ministre de la Culture un peu plus tôt dans l'année. L'annonce d'une extension de l'exception handicap aux personnes dyslexiques et dyspraxiques est un bon signal, estiment les spécialistes, même s'ils souhaitent que les modalités d'adaptation soient simplifiées : obliger les organisations adaptatrices à déposer leur version accessible sur Platon, la plateforme dédiée de la Bibliothèque nationale de France, ou la légalisation des échanges transfrontaliers feraient gagner du temps et de l'argent.

 

Tout comme la mise à disposition par les éditeurs de fichiers structurés en XML, quand les associations passent « encore pas mal de temps à structurer des PDF », déplore une des petites mains qui s'en occupent.