L'accord Hachette-Google est complémentaire de la gestion collective

Clément Solym - 19.11.2010

Edition - Société - hachette - mitterrand - google


Le ministre de la Culture a fait état du fond de sa pensée, effrayée, en apprenant l'accord qui allait être passé entre Google et Hachette, sur la numérisation des oeuvres commercialement indisponibles.

Dans son communiqué, la rue de Valois, de même que le SNE, souhaite que l'accord respecte les principes établis dans le cadre des réflexions menées par le ministère, les éditeurs et les auteurs. C'est qu'en effet, les problématiques de la numérisation ne peuvent pas être laissées au seul secteur privé, expliquait-il, lorsque le fond du problème concernait la numérisation du patrimoine.

Mitterrand fâché ?

D'autre part, il avait assuré ne pas vouloir « diaboliser Google ». Mais entre-temps, ce qui est passionnant, c'est tout de même l'initiative que le ministère souhaitait mettre en place, avec la numérisation d'oeuvres sous droit. Souvenez-vous : « Ce projet unique en Europe consiste à numériser les livres indisponibles du XXe siècle sous droits, à partir d'un consortium associant partenaires publics - je pense bien entendu à la BNF - auteurs et éditeurs. Dès que ce consortium sera opérationnel, un corpus expérimental de 100.000 livres permettra de valider le modèle économique choisi. À terme, ce sont près de 400.000 livres qui seront numérisés et auxquels nous donnerons une nouvelle vie. » (notre actualitté)


siège de Hachette Livre, à Paris

Or, une partie des récriminations exprimées dans son récent communiqué concerne ce projet de numérisation d'oeuvres sous droit. Et dans ce contexte, forcément, la position de Hachette dérange. « Frédéric Mitterrand entend consulter rapidement les principaux acteurs concernés afin que le secteur de l’édition dans son ensemble dégage une stratégie commune », précisait ainsi le communiqué.

Quelques précieuses explications

Pourtant, la stratégie déployée par les deux sociétés n'est pas du tout ambivalente : l'accord ne concerne que les oeuvres commercialement indisponibles. Pas la numérisation du fonds ni des nouveautés. À ce sujet, Arnaud Nourry a été très clair : « Nous sommes tout à fait capables de le faire tout seuls. » Dont acte.

Sous cette dénomination, on entend bien se différencier des oeuvres dites en rupture de stock, qui ne peuvent être indisponibles que momentanément. Contacté par ActuaLitté, Hachette explique clairement sa position : « Les critères permettant de déterminer si une œuvre appartient à cette catégorie seront fixés avec précision dans l'accord définitif. Il est d'ores et déjà acquis que ce seront les bases de données type Electre qui serviront de référence, croisés avec les listings des éditeurs, qui seuls sont à même de décider si une indisponibilité est provisoire ou définitive. Sont exclues de cette catégorie les ouvrages du domaine public, qui par définition ne sont plus sous droit d'auteur. »

Mais l'éditeur tient également à préciser qu'avec cet accord, passé, il ne souhaite pas du tout faire bande à part, comme le laisserait entendre le communiqué de la rue de Valois. On pointe plutôt une innovation. « La gestion collective n'est en aucun cas mise en cause par l'accord avec Google. Celui-ci en est complémentaire, puisqu'il ne porte que sur les ouvrages sous droits, et non sur les œuvres orphelines qui font l'objet du projet de loi. »

Quid des verrous ?

Une question reste pour le moment entière : la politique de verrous ou d'absence de verrous qui sera mise en place. Imposer des DRM sur le principe du Cloud computing de Google reviendrait à anéantir, ou presque, son intérêt en terme d'interopérabilité. On ignore pour le moment comment ce problème technique sera abordé...