L'accusation d'entrave à la publication contre la famille Salinger abandonnée

Antoine Oury - 15.12.2015

Edition - Justice - Salinger ayants droit - Devault-Graves Agency - Three early stories procès


Si chaque inédit de Salinger provoque autant de déboires judiciaires, les hommes de loi n'ont plus qu'à croiser les doigts en espérant que l'écrivain misanthrope en ait laissé d'autres derrière lui. Les trois nouvelles du recueil Three early stories faisaient l'événement dans le catalogue de The Devault-Graves Agency, jusqu'à ce que les ayants droit de J.D. Salinger s'opposent à la publication et à la vente. Depuis, un juge a rendu une décision favorable à l'éditeur, qui avait décidé de ne pas s'arrêter là... 

 

Washington D.C.

National Portrait Gallery, à Washington (Marshall, CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Retournons au début de l'affaire : en juillet 2014, l'éditeur indépendant The Devault-Graves Agency annonce la publication de nouvelles inédites de J.D. Salinger. Inédites ? Plutôt oubliées, mais le marketing s'accommode de ce type d'approximations : après le visionnage du documentaire Salinger de Shane Salerno, les deux cofondateurs de la maison réalisent que les trois nouvelles de jeunesse de Salinger sont dans le domaine public américain, et donc libres d'être publiées par quiconque.

 

Dans un premier temps, la publication s'était déroulée sans problèmes, mais la popularité grandissante du recueil a attiré l'attention du J.D. Salinger Literary Trust, qui représente les ayants droit de J.D. Salinger. Après avoir tenté de s'opposer à la publication des trois nouvelles, les représentants du J.D. Salinger Literary Trust avaient assuré que la vente à l'étranger était impossible, car illégale.

 

« La publication de Three Early Stories dans un pays hors des États-Unis, qui est signataire de la Convention de Berne, ne portera pas atteinte aux droits de propriété intellectuelle des héritiers », rétorquaient les éditeurs de The Devault-Graves Agency. L'affaire s'était évidemment poursuivie au tribunal, jusqu'à Berlin, où l'éditeur Piper Verlag s'était lui aussi opposé à la vente de ces trois histoires : les juges s'étaient exprimés en faveur des ayants droit, en soulignant que l'argument de l'éditeur ne tenait pas en raison de la trop grande disparité des législations nationales. 

 

La vente à l'étranger était donc compromise, mais l'éditeur avait toute la latitude pour publier les trois nouvelles aux États-Unis : The Devault-Graves Agency répliquait donc en déposant devant le tribunal du Tennessee une plainte, le 16 mars dernier, contre les héritiers de Salinger pour « entrave à la publication ».

 

L'affaire a toutefois été transférée à une cour de district fédéral du New Hampshire, État où la veuve de Salinger réside, à la fin du mois d'octobre 2015.

 

Et la maison d'édition indépendante a décidé de laisser tomber l'action en justice, en soulignant que le déplacement du procès fournissait « l'avantage du terrain, sans être justifié » aux ayants droit. Tom Graves, éditeur chez The Devault-Grave Agency, a assuré à Publishers Weekly que les droits de publication étrangers avaient été vendus dans 10 pays, et que 6 éditions papier étaient déjà en cours d'impression.