Amazon finit par payer ses impôts dans quatre pays européens

Nicolas Gary - 26.05.2015

Edition - Economie - Amazon impôts - Luxembourg fiscalité - optimisation Europe


Sous la pression de l'Union européenne, et suite aux révélations de LuxLeaks, la société Amazon commence à payer des impôts dans quatre États. En s'appuyant sur des solutions d'optimisations fiscales permises par le Luxembourg, la société parvenait à échapper à certaines taxes. Pour l'instant, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne auraient commencé à percevoir les sommes dues. 

 

 

Amazon impôts europe taxes

Stephen Woods, CC BY 2.0

 

 

Installée dans le Grand Duché, la filiale européenne d'Amazon disposait donc d'un siège social opérant dans un paradis fiscal. Évidemment, Jean-Claude Juncker, l'actuel président de la Commission européenne, avait grandement participé à cette installation. Il était à l'époque Premier ministre du Luxembourg, et avait transformé son pays en terre d'asile fiscal pour séduire les sociétés.

 

Le changement apporté par les révélations de LuxLeaks, qui ont dévoilé combien le climat du territoire luxembourgeois était doux pour les multinationales, et accueillant, a conduit la firme de Jeff Bezos à revoir sa copie. Depuis longtemps maintenant, la grogne des pouvoirs publics, plus ou moins affirmée, menaçait la société : ainsi, l'an passé, le Comité des comptes au Royaume-Uni réclamait un boycott de l'entreprise, réclamant qu'elle s'acquitte de ses impôts comme tout un chacun. 

 

D'ailleurs, le chancelier George Osbourne avait introduit, en avril 2015, une nouvelle taxation, baptisée taxe Google. Celle-ci punit les structures qui détournent de l'argent vers les paradis fiscaux européens et autres, avec une taxe de 25 % de leurs bénéfices nationaux. Les GAFA, Google-Amazon-Facebook-Apple, se sont retrouvés Gros-Jean comme devant.

 

Manifestement, depuis le 1er mai, la situation a évolué, et Amazon aurait choisi d'être le premier à corriger le tir. Selon la société, les modifications apportées en interne remontent à deux ans déjà, mais n'entrent en application qu'à l'instant. 

 

« Nous révisons régulièrement la structure de notre entreprise pour nous assurer que nous sommes en mesure de mieux servir nos clients et fournir des produits et services supplémentaires », déclare un porte-parole de la société. Qui refuse toutefois de donner des explications sur ce brutal changement de comportement.

 

Les autorités de la Commission européenne ont de toute manière lancé une enquête pour définir si les GAFA obtiennent un avantage déloyal en termes de concurrence, en plaçant leur siège social tant au Luxembourg qu'en Irlande. En raison des pressions exercées, ce dernier envisagerait de supprimer progressivement le régime fiscal par lequel il offre des avantages aux sociétés. 

 

Certes, cette main tendue arrive tardivement, et, en fin de compte, démontre que la firme ne s'acquittait pas des impôts dus. Il faudra donc poser la question des arriérés un jour ou l'autre, et ne pas se contenter d'un modeste rattrapage. Pour les analystes, la décision d'Amazon servirait cependant les intérêts européens, puisqu'elle encouragerait les autres sociétés à se mettre en conformité. 

 

Au cours de l'année 2013, Amazon a enregistré une hausse de 14 % de son chiffre d'affaires européen, à 13,6 milliards €. (via Wall Street Journal)