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L'affection de Gabriel Matzneff pour les mineurs, 40 ans de silence

Camille Cado - 27.12.2019

Edition - Société - #metoo France - Gabriel Matzneff pédophilie - Le consentement Vanessa Springora


Pour le moment, la vague #MeToo s’était surtout manifestée dans le monde des entreprises ou du cinéma avec notamment l’affaire Harvey Weinstein et plus récemment celle de Roman Polanski. Dans son premier ouvrage à paraître le 2 janvier prochain aux éditions Grasset, intitulé Le Consentement, l’éditrice Vanessa Springora sort du silence et dénonce la relation abusive dont elle a été victime. Âgée de seulement 13 ans, elle rencontre Gabriel Matzneff qu’elle nomme G., un auteur de 37 ans son aînée, connu pour son attirance pour « les moins de 16 ans »...
 


 
Aujourd’hui âgée de 47 ans, Vanessa Springora, depuis peu directrice des éditions Julliard, a décidé de prendre la parole sur la relation qu’elle a entretenue avec Gabriel Matzneff dans un ouvrage autobiographique, Le Consentement. Dans les années 80, alors qu’elle n’a que 13 ans, elle tombe sous le charme de cet homme, âgé d’une cinquantaine d’année et « collectionneur de minettes ».
 

Le consentement : un récit libérateur 


Si Gabriel Matzneff, auteur sulfureux des Amours décomposés et des Carnets noirs, est connu pour ses écrits et propos on ne peut plus controversés sur la pédophilie, Vanessa Springora est pourtant la première victime à avoir pris la parole. Écrire a été pour elle une façon de se libérer, déclare-t-elle en préambule de ce premier ouvrage.

«  Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre. »

Dans Le Consentement, elle dénonce une relation abusive, sous emprise, plus de 30 ans après les faits. Elle y interroge également le statut de victime, et les notions de consentement, de domination et d’amour, qui ne cessent de s’entremêler...

« Comment admettre qu’on a été abusée, quand on ne peut nier avoir été consentant ? Quand on a ressenti du désir pour cet adulte qui s’est empressé d’en profiter ? Pendant des années, je me débattrai moi aussi avec cette notion de victime », écrit-elle.

Le réumé de l’éditeur pour Le consentement : 
 

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin «  impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal.
Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.



“Malaise” dans le milieu littéraire


« Mais au-delà de son histoire individuelle, elle questionne aussi les dérives d’une époque, et la complaisance d’un milieu aveuglé par le talent et la célébrité » affirme la maison d’édition. Et pour cause, malgré les propos et les relations de Gabriel Matzneff, le lauréat du prix Renaudot essai 2013 n’a jamais été condamné par la justice, rappelle Le Monde avant d’évoquer un « malaise » dans le milieu littéraire.

En 1990, sur le plateau d’Apostrophes avec Bernard Pivot, l’auteur affirmait ainsi très tranquillement son attirance pour les mineurs, pas encore « durcis par la vie ».

« Une femme qui a déjà eu beaucoup d’hommes dans sa vie, beaucoup de désillusions, parce que les hommes sont en général soit des égoïstes soit des lâches, les femmes ne peuvent que se durcir, n’est-ce pas. Et donc je préfère avoir dans ma vie des gens qui ne sont pas encore durcis, qui sont plus gentils. Une fille très jeune est plutôt gentille, même si elle devient très très vite hystérique, et aussi folle que quand elle sera plus âgée. »
 
À ces paroles, ni le public ni les intervenants ne semblent choqués, et en plaisantent même. Seule l’auteure québécoise Denise Bombardier, manifestement seule lucide, intervient le comparant à ces « vieux messieurs » qui attirent les enfants avec des bonbons. « La littérature ne peut pas servir d’alibi, il y a des limites même à la littérature » affirme-t-elle.
 


On avait également pu retrouver, sous la plume de Matzneff  , une phrase aussi spectaculaire que : « Amoureusement, ce que je vis en Asie est très inférieur à ce que je vis en France, même si les petits garçons de onze ou douze ans que je mets ici dans mon lit sont un piment rare. Oui, un piment, mais seulement un piment : une épice, et non le plat de résistance » (Mes amours décomposés : journal 1983-1984).

Gabriel Matzneff, aujourd’hui âgé de 83 ans et chroniqueur sur le site du Point, n’a pas réellement souhaité s’exprimer sur la sortie de l’ouvrage. Dans un message adressé à L’Obs, il préfère se poser en situation de victime : « Apprendre que le livre que Vanessa a décidé d’écrire de mon vivant n’est nullement le récit de nos lumineuses et brûlantes amours, mais un ouvrage hostile, méchant, dénigrant, destiné à me nuire, un triste mixte de réquisitoire de procureur et de diagnostic concocté dans le cabinet d’un psychanalyste, provoque en moi une tristesse qui me suffoque. »
 

Un coup de projecteur sur la notion de consentement sexuel


La sortie prochaine du Consentement a évidemment attisé un vif débat sur les réseaux sociaux. Car si en France, la majorité sexuelle, soit l’âge à partir duquel un adulte peut avoir une relation sexuelle consentie avec un mineur sans être poursuivi, a été fixée à 15 ans, le gouvernement n’a pas instauré d’âge minimal de consentement à un acte sexuel.

Valérie Rey-Robert, auteure de l’essai Une culture du viol à la française, a ainsi réagi sur Twitter. « Quand vous dites “oui mais elles étaient en demande”. C’est vrai. Les ados sont en demande de tester leur pouvoir de séduction, qu’on leur dise qu’ils sont sexy ou beaux. Et c’est votre putain de rôle d’adulte de leur mettre des limites immédiates. »

Alors que pour le moment, seul Gabriel Matzneff avait pris la parole sur ses relations dans des ouvrages tels que Les Moins de seize ans paru en 1975 ou Mes amours décomposés en 1990, Vanessa Springora reprend pour la première fois le pouvoir sur cette relation en exposant sa version des faits.
 
« À quatorze ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de cinquante ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l’heure du goûter. [...] De cette anormalité, j’ai fait en quelque sorte ma nouvelle identité. À l’inverse, quand personne ne s’étonne de ma situation, j’ai tout de même l’intuition que le monde autour de moi ne tourne pas rond » écrit-elle.

Un récit cru qui interroge ainsi beaucoup de problématiques contemporaines. « J’espère apporter une petite pierre à l’édifice qu’on est en train de construire autour des questions de domination et de consentement, toujours liées à la notion de pouvoir », explique-t-elle dans L’Obs.


[à paraître 02/01/20] Vanessa Springora — Le consentement — Grasset — 9782246822691 – 18 €


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