L'Afrique, continent oublié des éditeurs ?

Xavier S. Thomann - 14.01.2013

Edition - International - Afrique - Edition - Livre


Alors que les pays émergents bénéficient de l'arrivée de la plupart des acteurs de la distribution en ligne et des fournisseurs d'ebooks, le marché africain semble pour le moins oublié. Amazon se presse de lancer des sites et des Kindle un peu partout, au Brésil, en Inde et en Chine, mais ne prête guère d'intérêt au continent africain. Pourtant avec un milliard d'habitants, il représente un réservoir de lecteurs tout aussi important que la Chine ou l'Inde.

 

The Libyan Sahara

David Stanley, CC BY 2.0

 

Mais pour le moment, les impératifs de rendement semblent dominer. L'accès aux nouvelles technologies n'étant pas ce qu'il est dans le monde occidental ou dans les pays émergents, les grands acteurs du livre ne regardent pas dans la direction de l'Afrique. Pourtant, ce sont bien eux qui pourraient faire bouger les choses, les initiatives individuelles ou ponctuelles ne risquent pas de changer la donne dans un futur proche. 

 

Certes, tout le monde n'est pas connecté en permanence à Amazon pour faire ses courses, il n'empêche que les éditeurs et les distributeurs pourraient au moins faire l'effort, si ce n'est par humanisme du moins dans l'attente de rendements futurs, d'intégrer le continent dans leurs réflexions sur le livre. Edward Nawotka, éditeur en chef de Publishing Perspectives, a raison de dire que l'Afrique est toujours oubliée par les éditeurs, ne serait-ce que dans leur discours. 

 

Car le livre numérique pourrait être une solution pour développer le marché du livre sur le continent. Il est vrai que l'édition traditionnelle se heurte à des défis compliqués à résoudre : la distribution des livres par exemple se heurte à des questions géographiques et au manque d'infrastructures. Ce qui n'empêche pas des éditeurs africains de s'employer à changer les choses. 

 

C'est le cas de David Waweru qui a fondé Word Alive Publishin à Nairobi, au Kenya. Cependant, il est le premier à reconnaître la difficulté de son métier, plus difficile que sa carrière de boxeur amateur ! Malgré ses efforts, et ceux de ses confrères, « la vente de livres n'augmente pas rapidement (...) et les libraires vendent de moins en moins de livres. » 

 

Il explique aussi que le développement du livre numérique se heurte encore à des questions très concrètes : le coût trop élevé des machines et l'absence de carte de crédit pour une partie de la population. Deux données qui ont de quoi refroidir les possibles intentions des acteurs du secteur. 

 

En d'autres termes, les solutions pour développer le marché du livre africain et favoriser les conditions d'accès aux livres ne sont pas si évidentes que cela et c'est bien la raison pour laquelle il faudrait que le continent soit plus souvent au coeur des discussions. Après tout, l'édition n'est pas forcément une affaire d'argent. 

 

A signaler, toutefois, l'intérêt de la maison Gallimard, pour le continent africain, qui avait décidé de modifier les contrats de ses auteurs, pour assurer une commercialisation à moindre prix, et ce, en vue de mieux diffuser les oeuvres, sur un territoire au pouvoir d'achat assez faible.