L'Agence de la langue française coordonnera la lutte contre l'illettrisme

Antoine Oury - 29.07.2016

Edition - Société - Agence de la langue française pour la cohésion sociale - Thierry Lepaon agence - agence langue française


La future Agence de la langue française pour la cohésion sociale, qui devrait voir le jour officiellement le 1er janvier 2017, verra bientôt ses missions précisées. Le Premier ministre Manuel Valls a en effet fait parvenir à Thierry Lepaon, ancien leader de la CGT, une lettre de mission pour qu'il préfigure cette institution, ses objectifs et sa place dans le tissu des dispositifs déjà existants dans la lutte contre l'illettrisme.

 

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(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

La lettre de mission à l'attention de Thierry Lepaon, signée par Manuel Valls, date du 6 juin dernier, d'après l'AFP : le Premier ministre demande à Lepaon de lui remettre un rapport « au plus tard le 30 septembre » sur la future Agence de la langue française pour la cohésion sociale. Cette dernière prendra « appui sur les structures existantes et en particulier l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme (ANLCI) », souligne le Premier ministre. 

 

Dans un précédent courrier, l'Élysée avait déjà précisé à Marie-Thérèse Geffroy, présidente de l'ANLCI, que l'Agence nationale n'était en aucun cas menacée par la création de l'Agence de la langue française. 

 

L'Agence de la langue française pour la cohésion sociale aura visiblement un rôle d'organisation des actions contre l'illettrisme, doublé d'un renforcement de certains dispositifs. Dans son courrier à Thierry Lepaon, Manuel Valls lui demande notamment de plancher sur des moyens « d'améliorer la coordination de l'ensemble des acteurs impliqués » dans la lutte contre l'illettrisme.

 

Sur France Info, Thierry Lepaon a résumé sa mission en ces termes : « essayer de créer une structure qui permette de faire en sorte que la fracture linguistique se réduise dans notre pays ». Rappelons que l'Agence de la langue française fait partie du plan d'égalité réelle du gouvernement présenté en mai 2016. « La création, au 1er janvier 2017, d’une Agence nationale de la langue française pour la cohésion sociale, en fédérant des structures existantes, permettra de faire en sorte que la langue cesse d’être une barrière à l’insertion sociale », expliquait Matignon à l'époque, l'objectif affiché étant la lutte contre les discriminations.

 

Une polémique évitée de justesse

 

Le choix de Thierry Lepaon peut, de prime abord, surprendre : cet ancien secrétaire général de la CGT a laissé de mauvais souvenirs au sein de l'organisation syndicale, où il a été critiqué pour le coût des rénovations de son appartement de fonction et de son bureau, facturé à la CGT. Il démissionne alors de son poste le 7 janvier 2015.

 

Une enquête interne de la CGT signalera plus tard que les travaux de rénovation « ont été réalisés en dehors de la responsabilité du secrétaire général », tandis que Philippe Martinez prend le relais au poste de secrétaire général du syndicat.

 

Les critiques n'ont pas tardé à fuser sur le choix du gouvernement pour la création de l'Agence nationale de la langue française, et le reclassement dont Thierry Lepaon aurait bénéficié grâce à Manuel Valls. « Quand on travaille pour le gouvernement, on nous dit sans doute qu'on est vendu au gouvernement. Moi je ne suis vendu auprès de personne » s'est défendu Thierry Lepaon sur France Info.

 

Effectivement, le sujet de l'illettrisme semble lui tenir à cœur : dans un livre publié en septembre 2015 au Cherche-Midi, La vie continue, Thierry Lepaon revenait sur des mois de polémiques auxquels il avait dû faire face, mais aussi sur son engagement contre l'illettrisme, qui remonte à plus de 20 ans. En 1996, il avait ainsi rédigé un rapport sur la lutte contre l'illettrisme pour le Conseil économique et social régional de Basse-Normandie, dont il faisait partie.

 

Thierry Lepaon était encore salarié de la CGT : « La CGT doit être cohérente avec ce qu'elle préconise, il était hors de question de le licencier tant qu'il n'avait pas trouvé un débouché », expliquait Céline Verzeletti, membre de la direction de la CGT, auprès de l'AFP. La mission confiée par Manuel Valls permet de tourner la page « de façon assez respectueuse des uns et des autres », a conclu Céline Verzeletti.