Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

L'agent Andrew Wylie poursuit l'évangélisation contre Amazon

Nicolas Gary - 07.05.2014

Edition - International - Andrew Wylie - Jeff Bezos - Gallimard


Il est passé en Allemagne, il repasse par le Brésil : Andrew Wylie, alias Le Chacal pour son impitoyable capacité de négociation, était présent à Buenos Aires. « Les éditeurs font de l'argent, je veux que les auteurs fassent de l'argent », est son credo. Et cette visite fut l'occasion de poursuivre sa campagne de prosélytisme, qui repose avant tout sur la dénonciation des services d'Amazon. 

 

 

 

 

Son portefeuille de client est sidérant, on ne le répétera jamais assez - et son influence s'en ressent évidemment. L'Amérique latine représente à ce titre un nouveau territoire à explorer, pour son agence. Il déplore d'ailleurs de n'avoir que « deux personnes qui parlent espagnol dans la société ». Mais qu'importe : ce qui prime, c'est de saper les bases du développement d'Amazon, le plus possible. 

 

« Au début, je pensais qu'Amazon était une belle idée, car contrairement aux chaînes, chaque livre était présenté comme un exemplaire unique, sur une table infinie », résume-t-il. Aussi, on ne retrouvait pas une pile de 100 exemplaires de Danielle Steel, et un seul de Susan Sontag. Une égalité devant la présentation, qui au contraire des autres chaînes donner un sentiment d'unicité. Mais les plans de Jeff Bezos, le grand patron, étaient « de faire avec l'édition, ce qu'Apple avait fait pour l'industrie de la musique ».

 

Autrement dit, faire diminuer le coût pour les consommateurs, et arriver à des offres les plus alléchantes possibles. Puis, « Bezos a perdu son intérêt pour les livres physiques et voulu que les gens achètent du numérique. Il a encourage le Département de la Justice américain à ouvrir un procès contre l'industrie du livre. » 

 

Wylie était déjà allé bien plus loin, considérant que Bezos « est l'un des hommes les plus riches du monde, il n'a de soin que pour lui. Les livres ont pour lui moins d'importance que les frigos ».

 

Ce fut la fameuse entente, dans laquelle on retrouvait Apple et cinq groupes d'édition US, qui auraient convenu de fixer un prix de vente imposé. Et dans ce contexte, le gouvernement n'avait pas à prouver l'entente, simplement « prouver la possibilité » de la collusion. « Comme les éditeurs avaient dîné ensemble, ils pouvaient être confrontés aux allégations selon lesquelles ils conspiraient pour fixer les prix. »

 

Ce fut, dès avril 2012, l'une des possibilités de défense pour Apple : la meilleure solution était de pouvoir prouver que la firme était absente des réunions de travail dans les grands restaurants de Manhattan, où les cadres de l'édition travaillaient à la mise en place du contrat d'agence. Parce qu'en effet, les restaurants new-yorkais étaient considérés comme le lieu privilégié des complots...

 

Reconnu coupable, Apple risque plusieurs centaines de millions de dollars d'amende, dans le cadre de la class action qui est en cours. Les éditeurs, de leur côté, ont préféré payer une amende plutôt que de perdre en justice. Et Wylie d'accuser Amazon d'avoir multiplié les preuves, apportées sur un plateau au DoJ, d'avoir accentué le lobbyisme, au point que le Ministère est devenu l'outil d'Amazon. « Donc, je suis opposé à Amazon, car c'est un monopole, ils ont le soutien du gouvernement et contrairement à l'industrie de la musique, je pense que si vous détruisez l'édition, vous détruisez la culture. »

 

Et de rappeler que même en France, Amazon est parvenu à envoyer la police « pour piller Gallimard et une filiale, pour chercher des preuves d'un complot. Amazon utilise la loi pour créer l'illusion que tous les gens qu'ils tentent de sortir du commerce, en réalité, conspirent pour dominer Amazon ». (via Buenos Aires Herald)