Un libraire renonce à gagner de l'argent pour encourager la lecture d'un livre

Nicolas Gary - 29.07.2015

Edition - Librairies - Amérique racisme - librairie New York - émeutes violence


La librairie Astoria, située à New York, dans le Queens, vient de prendre une décision remarquable. À la publication du livre de Ta-Nehisi Coates, le libraire a eu un véritable coup de cœur. Et pour s’assurer que la communauté s’empare de l’ouvrage, il a été décidé de le vendre au prix d’achat pour le libraire. Aucune marge, aucun profit, et tout cela pour inciter les lecteurs à s’emparer de ce livre.

 

 

 

Between the World and Me est le deuxième titre du journaliste, proposé à 24 $ par son éditeur, et gratifié d’un petit mot de Toni Morrison, prix Nobel de littérature : « C’est une lecture obligatoire », écrit-elle. Le livre est un récit présenté comme une lettre que Coates adresse à son fils. 

 

À l’annonce de ce que le meurtrier de Michael Brown ne serait pas mis en accusation, l’adolescent de Coates s’est réfugié dans sa chambre et s’est mis à pleurer. Le père a choisi d’écrire à son enfant, pour lui parler de la vie, de la mort, du racisme, des tueries survenues aux États-Unis, et aux agressions que peut subir la communauté afro-américaine.

 

Michael Brown est devenu un symbole américain : abattu le 9 août 2014 par Darren Wilson, policier de Ferguson, dans le Missouri, il était non armé au moment où l’agent lui a tiré dessus. L’affaire a exacerbé les tensions raciales dans le pays, entraînant des manifestations de protestation et des émeutes dans la ville. Le président Obama a présenté ses condoléances à la famille, acculé à une réaction. 

 

 

 

 

Bref, le livre de Coates parle d’une Amérique sinistrée, brisée, et des malaises sociaux qui la parcourent. Dans ce contexte, le libraire a choisi de valoriser le livre, pour encourager tout un chacun à le lire. Là où certains vendeurs préfèrent vendre à perte pour attirer des clients, Lexi Beach, la propriétaire, a choisi de ne pas gagner d’argent pour encourager à la lecture.

 

Et d’expliquer : « Je ne suis pas une éducatrice, ni une militante, ou même une fonctionnaire ni une animatrice de talk-show – je suis une libraire. L’achat de livre grand format est un luxe pour beaucoup de gens. Et alors, il m’a semblé que la petite chose que je pourrais faire est de rendre ce livre plus facilement accessible à plus de gens, afin qu’ils puissent également se joindre à la conversation. » (via MHPBooks)

 

Le bouquin est publié chez Spiegel & Grau, filiale de Penguin Random House. Il puise son titre d’un extrait de poème qu’a écrit Richard Wright, autre Afro-Américain : « And the sooty details of the scene rose, thrusting themselves between the world and me. »

 

 


Pour approfondir

Editeur : Poli-Politique De L'Image
Genre : sciences...
Total pages : 128
Traducteur :
ISBN : 9791094646007

Techno-racismes

de Collectif

Qu'ils soient rendus invisibles par les mécanismes de ségrégation urbaine ou qualifiés de " minorités visibles " par les institutions publiques chargées de la régulation des médias, les groupes sociaux les plus vulnérables au racisme semblent pris au piège de la dialectique du visible et de l'invisible. La catégorie de " race " elle-même peut être conçue comme une " image persistante ", une trace sédimentée des cultures coloniales qui aurait perduré en imprégnant les nombreuses médiations sociales et techniques qui se superposent au regard. L'enchevêtrement des régimes de visibilité et du racisme se manifeste à divers niveaux : dans les modes de production de l'information et de mise en récit du monde social, dans la distribution différenciée des espaces et temps sociaux, voire dans les techniques mêmes de production du champ visuel qui sont issues d'une histoire racialement marquée. C'est ce dernier aspect que ce numéro souhaite appréhender. Aller au-delà de la question de la recomposition permanente du visible et de l'invisible pour saisir la production et reproduction technique de la " race ".

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