L'année 2015 du livre et de l'édition en 10 moments

Antoine Oury - 31.12.2015

Edition - Les maisons - livre édition année 2015 - lecture numérique ebook


Demain sera une autre année, et il est l'heure de faire le bilan de celle qu'on laisse derrière soi. Pour le livre et l'édition, l'année aura clairement été tournée vers l'Europe et l'Union, entre la TVA, la réforme du droit d'auteur et la création d'un marché unique numérique. Pour l'édition française, on remarque que des sujets deviennent récurrents, et pas forcément pour le meilleur...

 

Calendar*

(Dafne Cholet, CC BY 2.0)

 

 

1. Le piratage de Soumission, le Michel Houellebecq 2015 : Si le piratage de livres est un phénomène désormais connu dans l'édition, celui de Soumission a marqué par sa rapidité, avant même la parution du livre. Un traitement qui n'était auparavant réservé qu'aux blockbusters cinématographiques, et qui a été réalisé à partir des épreuves papier du livre, envoyés aux journalistes et libraires. Les complotistes imaginaient même que c'était Flammarion qui avait orchestré cette diffusion virale, offrant une nouvelle publicité à un livre qui s'imposa dans les meilleures ventes...

 

 

 

2. Le rapport de Julia Reda et la réforme européenne du droit d'auteur : Avec un simple rapport sur le droit d'auteur européen et des propositions pour l'améliorer, l'eurodéputée du Parti Pirate Julia Reda s'est fait connaître de tout le monde de la culture. Celle qui assure vouloir améliorer la condition des auteurs, entre autres, a même poussé la Fédération des éditeurs européens à mettre en place une large campagne de lobbying, #CopyrightForFreedom.

 

 

3. Le maintien de la TVA à 5,5 % sur le livre numérique : Il s'agissait de la grande crainte de ce début d'année. Prise en flagrant délit d'infraction par la Cour de Justice de l'Union européenne, la France, comme le Luxembourg ou l'Italie, aurait pu se voir contrainte de remonter son taux de TVA sur l'ebook à 20 %, conformément à la législation de l'Union. Finalement, la France s'en sort sans amende, maintient son taux de TVA réduit, et l'Union va vraisemblablement changer sa législation.

 

 

 

4. Les critiques des bibliothécaires et des auteurs sur Prêt Numérique en Bibliothèque : Le prêt de livres numériques au sein des bibliothèques est incontournable. Les professionnels le réclament, et tout porte à croire que les usagers s'en empareront. Reste à discuter les modalités : ça coince, et pas qu'un peu. Malgré des accords signés l'an passé, des bibliothécaires ont largement critiqué le système mis en place. Puis les auteurs, inquiets quant à leur rémunération. Dans d'autres pays du monde, des systèmes semblables sont tout aussi problématiques. Invité à s'exprimer, le ministère de la Culture reste muet.

 

5. L'ouverture d'une enquête de la répression des fraudes sur Booxup : L'application Booxup permet de se mettre en relation avec des quidams à proximité, pour échanger, prêter ou donner des livres papier. Un réflexe vieux comme le monde, facilité par la géolocalisation et les écrans tactiles. Mais qui n'est pas vraiment du goût de l'industrie de l'édition, qui aurait soufflé l'idée d'une enquête préventive sur l'appli à la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes... Coup marketing, ont assuré certains face au manque de preuves. Peut-être, mais il est difficile de nier une certaine rupture entre start-ups technologiques et édition...

 

 

 

6. La précarité des auteurs, des traducteurs et des correcteurs : Si la librairie était au centre des attentions ces dernières années, ce sont à présent les auteurs qui se manifestent pour alerter sur leurs conditions. Des revenus en baisse, des cotisations sociales en hausse, et une professionnalisation qui devient de plus en plus difficile. Au Salon du Livre de Paris, à Angoulême pour la bande dessinée, ou à Montreuil pour la jeunesse, la situation est critique.

 

 

 

7. La Journée du Manuscrit Francophone : Consacrée à l’UNESCO, la 3e Journée du Manuscrit Francophone a accueilli près de 400 personnes, dont 150 auteurs réunissant 5 nationalités différentes. Cet événement, mené conjointement avec l’ambassade de Côte d’Ivoire à l’UNESCO avait pour unique mission de promouvoir le livre, à travers l’espace francophone et ses 280 millions de locuteurs. « L’objectif de la Journée du Manuscrit est de donner la même chance à tous les auteurs d’ouvrir les portes de l’édition et de se faire connaître dans tout l’espace francophone. » Mission accomplie, et ActuaLitté, partenaire de l'événement, n'est pas peu fier.

 

 

8. La loi numérique d'Axelle Lemaire : Certaines dispositions de la Loi numérique d'Axelle Lemaire touchaient directement au monde de l'édition, comme la définition positive du domaine public, l'open access ou la fouille de textes et de données. La levée de boucliers de l'édition a été à la hauteur de la portée du texte, c'est le moins que l'on puisse dire.

 

 

 

9. L'affaire Reprobel : Ce jugement de la Cour de Justice de l'Union européenne est passé largement inaperçu. Il concerne Reprobel, la société de gestion collective belge, qui réclamait le versement par la société Hewlett-Packard d'une taxe sur ses appareils de reprographie, autrement dit ses imprimantes. Le tout devant être reversé aux éditeurs, considérés comme les titulaires des droits sur les oeuvres protégées susceptibles d'être copiées. Problème : la CJUE signale que « les éditeurs ne sont pas des titulaires du droit exclusif de reproduction au sens de l’article 2 de la directive [européenne] 2001/29 ». Un verdict qui pourrait changer le droit d'auteur et son application : à ce jour, le Centre Français de la Copie et la SOFIA, premiers concernés, n'ont pas répondu à nos demandes de commentaires...

 

 

10. Anne Frank et le domaine public : Le Journal d'Anne Frank fait partie des livres les plus vendus du monde, et l'entrée de ce texte dans le domaine public, à l'instar du Petit Prince, génère des résistances. Le Fonds Anne Frank, gestionnaire des droits sur l'oeuvre, annonce ainsi une entrée dans le domaine public en 2030, voire 2050, en vertu de clauses particulières et de l'ajout d'un coauteur à l'oeuvre. Certains protestent contre cette mainmise sur un texte primordial, au moment où Mein Kampf entre dans le domaine public et pourra être librement publié.

 

 

 

Mentions honorables : l'ouverture de l'EDRLab, le rachat de Volumen par Editis, la mise au point de LCP, un DRM “light”, la retraite de Teresa Cremisi, le passage de Marie-Pierre Sangouard de Amazon à Editis, la médiation autour de l'abonnement dit illimité...

 

À l'année prochaine !