Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

L'année 2016 du livre et de l'édition en 10 moments (et des GIFs !)

Antoine Oury - 30.12.2016

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C'est la fin de l'année, et avec elle l'heure de faire le bilan, calmement, etc. En règle générale, 2016 restera marquée par des disparitions, nombreuses, y compris dans le monde du livre. Mais, à y regarder de plus près, nous avons déniché quelques autres dates à retenir dans cette année écoulée...

 

Calendar

(Farid Iqbal Ibrahim, CC BY-NC 2.0)

 

 

1. La débandade au Festival d'Angoulême

 

L'année de la bande dessinée a très mal commencé en 2016, avec un Festival d'Angoulême qui restera dans les mémoires comme le pire depuis longtemps. La faute à un Grand Prix d'Angoulême uniquement tourné vers les hommes et à une fausse cérémonie de remise des Fauves vécue comme humiliante par les auteurs et les éditeurs. Bilan, la réputation du Festival a été sévèrement écornée et les grands éditeurs du secteur ont même songé à organiser leur propre festival. Depuis, le ministère de la Culture est intervenu, et nul doute que l'édition 2017 sera décisive...

 

2. La disparition d'Umberto Eco

 

2016 a été une année maudite pour les célébrités du monde de la musique et du cinéma. Malheureusement, le livre n'a pas été en reste et de nombreux auteurs nous ont quittés. Pleurons donc tout de suite un bon coup pour Umberto Eco, le maître italien, parti le 19 février 2016, et Michel Déon, Leonard Cohen, Dario Fo, Ted Benoit, Michel Butor, Solange Fasquelle, Françoise Mallet-Joris, Nine Culliford, Maurice Dantec, Pierre Pachet, Siné, René Hausman, Imre Kertész, Jean-Pierre Coffe, Jim Harrison, Juliette Benzoni, Edmonde Charles-Roux... RIP pour eux et ceux que nous avons oubliés, et nique 2016 !

 

 

 

3. Le rachat du groupe RCS Libri par Mondadori

 

L'information aura été peu remarquée en France, mais le rachat du groupe RCS Libri par un de ses principaux concurrent, Mondadori, a bouleversé le paysage de l'édition italienne. Si bien que l'Autorité de la concurrence du pays est intervenue pour préciser les conditions de ce rachat, qui pourrait condamner l'édition en Italie à la domination d'un acteur quasi monopolistique...

 

4. L'ouverture d'HarperCollins France

 

L'arrivée du groupe HarperCollins en France peut donner des sueurs froides aux grands groupes éditoriaux : en avril 2016, le groupe américain annonce son expansion, en commençant par racheter les parts d'Hachette Livre dans Harlequin. En échange, le groupe français conserve la distribution des ouvrages d'HarperCollins, mais la force de frappe du géant américain est indéniable. Même s'il est resté plutôt discret sur le reste de l'année, paradoxalement...

 

 

 

5. Le monde du livre en grève

 

L'année 2016 fut extrêmement tendue sur le plan social et politique, avec le passage en force, à plusieurs reprises, de la fameuse Loi Travail. À plusieurs reprises, le monde du livre s'est montré particulièrement mobilisé, qu'il s'agisse des organisations syndicales comme la Filpac, du SGLCE ou des employés de la BnF. Plus tard dans l'année, ce sont les lecteurs correcteurs qui ont donné de la voix, ou, plus récemment, encore, les bibliothécaires de la ville de Paris...

 

6. Les pressions sur la liberté d'expression, dans le monde entier

 

2016 fut une année noire pour la liberté d'expression : en Chine, tout d'abord, avec l'arrestation de plusieurs éditeurs et libraires pourtant basés à Hong Kong, considéré comme un territoire d'exception pour la liberté d'expression, mais aussi au Bangladesh, en Jordanie ou en Russie. Une vague d'autocensure, de puritanisme et de rigorisme qui a même touché Paris, où plusieurs livres jeunesse ont été inquiétés...

 

 

 

7. La répression d'Erdogan en Turquie

 

La liberté d'expression a mal (voir point précédent), et c'est en Turquie qu'elle a particulièrement souffert cette année. Après un coup d'État manqué en juillet 2016, le président Recep Tayyip Erdoğan ordonne une vague de représailles contre des maisons d'édition, des auteurs, des journaux et des citoyens lambda, sous couvert de lutte contre le terrorisme. Inutile de souligner que l'ensemble se déroule dans des conditions plutôt floues.

 

8. Le prêt de livres numériques similaire au prêt de livres papier, selon la CJUE

 

Selon un arrêt rendu par la Cour de Justice de l'Union européenne en novembre 2016, le prêt de livres numériques peut être couvert par le droit de prêt, ce qui signifie qu'il est possible de prêter en bibliothèque des ebooks disponibles dans le commerce sans l'autorisation des ayants droit, à condition de les rémunérer. Le système de licences français utilisé dans le cadre de PNB pourrait donc être contourné, même si les juristes s'interrogent désormais sur la portée de cette décision de la CJUE.

 

 

 

9. La condamnation de la France par la CJUE pour ReLIRE

 

Le registre ReLIRE, bien connu par nos lecteurs, avait pour objectif de faciliter la diffusion des livres indisponibles, ces ouvrages qui ne sont plus disponibles dans le commerce. Sauf que deux auteurs, suivis par des dizaines d'autres, estimaient que le procédé choisi pour numériser et exploiter les titres violait leurs droits d'auteur. Malgré l'implication de sociétés d'auteur, de gestion collective et du gouvernement dans le registre ReLIRE, leurs accusations ont été jugées comme fondées par la Cour de Justice de l'Union européenne. Et la France, pays des droits d'auteur, s'est vu infliger un sacré camouflet.

 

10. La TVA du livre numérique égale à celle du livre papier

 

Si l'année 2015 avait été placée sous le signe de la confrontation entre l'édition et la Commission européenne à propos de la réforme du droit d'auteur, les relations se sont considérablement apaisées en 2016. Et, comme un cadeau de fin d'année à l'industrie, la Commission a dévoilé en fin d'année un texte pour que le taux de TVA des livres numériques puisse être égal à celui des livres papier, une demande récurrente des groupes éditoriaux. Alors, heureux ?

 

 

 

Et bonne année 2017 !