L'appât du Gang des Barbares repasse devant la justice

Clément Solym - 14.02.2012

Edition - Justice - Gang des Barbares - Ilan Halimi - Emma


C'est une suite inattendue à l'un des procès les plus médiatiques des années 2000. Le « Gang des Barbares » mené par Youssouf Fofana avait torturé sauvagement Ilan Halimi pendant trois semaines dans une cité de Bagneux avant de l'assassiner. Mais aujourd'hui, c'est Emma Arbabzadeh, l'appât qui avait attiré le jeune Ilan dans le guet-apens, qui se retrouve devant la justice en compagnie de son ancien amant, l'ex-directeur de la prison de Versailles.

 

Bien que condamnée à neuf ans de réclusion en 2009 pour son rôle dans le drame, elle est en liberté conditionnelle depuis peu. Mais sa relation avec l'ex-directeur de la prison de Versailles Florent Gonçalves lui vaut de repasser devant la justice mercredi. En effet, de nombreux témoins accusent l'homme d'avoir fait profiter le jeune Emma Arbabzadeh (23 ans) de passe-droits en l'échange de relations sexuelles et /ou romantiques.

 

L'ex-directeur reconnaît ses torts, mais était si amoureux qu'il ne pouvait se convaincre de mettre un terme à leur relation. Pour expliquer son comportement, Florent Gonçalves a écrit un livre qui sortira ce jeudi sous le titre évocateur Défense d'aimer (Presses de la Cité).

 

 

Parce que oui, le directeur était bel et bien amoureux de sa prisonnière. Sorte de syndrome de Stockholm à l'envers. Et dont les conséquences sont totalement proscrites dans l'enceinte d'une prison. Florent Gonçalves est notamment accusé d'avoir fourni des puces électroniques pour téléphone portable à sa jeune détenue. Une accusation qu'il récuse fermement : « Son quotidien ne s'est pas métamorphosé du fait de notre histoire, contrairement aux bruits qui ont couru. »

 

Appât, puces et séduction

 

Et puis, il faut bien le dire, les puces électroniques, bien qu'interdites, circulent presque librement dans les établissements pénitentiaires. C'est en tout cas ce qui étonne l'avocat d'Emma Arbabzadeh, Dominique Attias, pour qui le procès est disproportionné : « Des recels de puces de portable en détention, il doit y en avoir des milliers par jour. En général, ce n'est pas poursuivi et au pire c'est sujet à un avertissement ».

 

Alors que le cas présent, lorsque l'affaire a éclaté en 2011 le directeur de la prison s'est retrouvé au cœur de l'ouragan médiatique, a été suspendu de ces fonctions et a divorcé. Qu'est-ce qui explique une telle exception si ce n'est le rapport avec le Gang des Barbares et la personnalité d'Emma ? C'est en tout cas un des points sur lesquels s'est concentré le romancier Morgan Sportès, déjà connu pour L'Appât, adapté à l'écran par Betrand Tavernier.

 

En 2011, il publie le livre Tout, tout de suite qui relate les différents faits de l'affaire Ilan Halimi. Il y décrit la jeune Emma, 17 ans à l'époque comme une « jeune fille paumée, qui ne sortira sans doute jamais de cet infantilisme narcissique, la séduction à papa ».

 

Emma avec Florent, une histoire sans faim

 

« Ce qui n'en fait pourtant pas une sainte, s'empresse-t-il d'ajouter. Cette histoire avec le directeur de prison prouve qu'elle n'a rien compris. D'autres ont appris des choses en prison : j'ai correspondu avec un des types de l'affaire de l'Appât. Je lui ai donné des livres et un dictionnaire. Après 20 ans de prison, il est libre, est père, et a un boulot de gîtes ruraux. Elle n'en est pas là. Mais son infantilisme n'est que celui de la société de consommation à son degré le plus faible ».

 

Une jeune fille puérile, un directeur de prison permissif et un passage devant les tribunaux. Décidément, non, ce n'est pas l'affaire qui aurait dû faire la Une en ce jour de Saint-Valentin.