L'après-Noël, meilleure période pour les ventes d'ebooks

Camille Cornu - 28.12.2015

Edition - Economie - ebooks Noël - ventes livres numériques


L'AAP (Association of American Publishers) publie une étude selon laquelle les ventes de livres numériques auraient décliné de plus de 10 % début 2015... Une affirmation à nuancer largement vu les méthodes utilisées, qui ne prennent pas du tout en compte les bouleversements apportés par le numérique dans le marché du livre. 

 

 

 

Noah Genner, le PDG de Booknet Canada, reconnaît que le prix des ebooks peut avoir une influence néfaste : « Les prix des ebooks ont monté, particulièrement sur les nouveautés et les best-sellers, jusqu'à devenir très proche des prix du livre papier. Ça a définitivement un effet », assure-t-il.

 

Alors que l'arrivée de l'ebook avait fait naître des prédictions de mort définitive du livre papier, et dans la foulée des librairies, il semble bien qu'il n'en soit rien. Même Amazon se lance désormais dans l'ouverture de librairies

 

Jo Saul, de la libraire indépendante Type Books à Toronto, confirme que son commerce se porte toujours aussi bien, et ne semble vraiment pas craindre la mort du livre papier au profit de l'ebook : « J'ai des clients qui entrent et qui me disent, “Oh j'ai essayé les ebooks, j'ai essayé les liseuses, et je reviens au livre papier.” Je ne peux pas imaginer que l'incroyable technologie du livre papier disparaisse de sitôt », commente-t-elle ironiquement. 

 

Des modes de calcul qui font relativiser

 

Genner appelle cependant à relativiser les chiffres publiés par l'AAP. Cette étude ne prendrait en effet en compte que les livres publiés par les gros éditeurs : « Il y a tout un pan du marché qui n'est pas pris en compte dans ces chiffres de l'AAP, celui des auteurs autopubliés, des petits éditeurs, et même de certains éditeurs indépendants. »

 

Le PDG de Kobo, Michael Tamblyn, confirme que les méthodes de calcul de l'AAP ne seraient tout simplement pas adaptées à l'économie numérique, dans laquelle la prise en compte des auteurs autoédités est incontournable : « Kobo Writing Life [leur service d'autopublication, NdR] représente maintenant 15 % de nos ventes. C'est notre troisième plus importante source de vente. » Et même si ces livres se vendent moins chers que ceux d'éditeurs installés, Kobo n'hésite pas à miser dessus. 

 

Les chiffres de l'étude de l'AAP ne prenaient pas non plus en compte les services d'abonnements comme Kindle Unlimited, alors que plus de 12 % des lecteurs de livres numériques étatsuniens posséderaient un abonnement KU... Si le livre numérique modifie la façon dont les livres se vendent, il faut croire que les modes de calculs de l'AAP seraient devenus obsolètes. 

 

Le boom post Noël du livre numérique

 

Car l'économie du livre numérique a un fonctionnement propre, jusque dans les périodes qui lui sont propices. Si le livre papier connaît toujours un boom pré-Noël, il s'agit d'un boom post-Noël pour le livre numérique : « La période la plus merveilleusement folle de l'année débute vers 15h le 25 et s'étend jusqu'à janvier/février », commente Michael Tamblyn. 

 

Amusé, il se remémore le premier Noël de Kobo : « Nous nous attendions à voir cette fameuse hausse des ventes à partir de novembre, et rien ne se passait. Puis, le 25 décembre, les gens ont déballé leurs cadeaux, ont mis les liseuses à charger pendant trois heures, et nous avons enfin eu notre avalanche de ventes. »

 

Au lieu des livres numériques en eux-mêmes, ce sont en effet plus les lecteurs ebook qui font office de cadeau de Noël. Et les nouveaux propriétaires de s'empresser de les recharger, encore sous l'effet émerveillé de la nouveauté, qui ne manquera pas de s'estomper. 

 

 

Lecteur ebook KO

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

D'après Shatzkin, consultant éditorial New-Yorkais, « Les gens veulent mettre sur leur nouveau support leurs trois livres préférés, puis les trois prochains qu'ils veulent lire, puis quelques autres comme références. Mais à un point, leur vitesse d'achat se ralentit pour se caler sur leur consommation habituelle. » Il en déduit logiquement que ce boom post-noël s'estompera au même rythme que les ventes de liseuses, alors que de plus en plus de gens utilisent leur téléphone ou leur tablette comme support de lecture.

 

Et si les livres numériques se vendent moins, cela n'implique pas non plus que cette chute se fasse au profit du livre papier... Genner remarque par exemple que si les ventes papier semblent avoir augmenté, cela est dû... aux ventes d'albums de coloriage pour adulte, un domaine dans lequel l'ebook n'est pour l'instant guère compétitif. 

 

Thad McIlroy, analyste de l'édition numérique, nuance également le succès des librairies, en précisant la politique de vente de Indigo et Barnes et Noble, qui ont dû diversifier leurs produits, pour finalement beaucoup miser sur la vente de jouets. Il explique : « En 2013, les ventes d'Indigo représentaient 70 % de livres, en 2014 c'était 65 %. Que va-t-il se passer si on descend à 49 % ? Indigo ne sera plus une librairie. » (via The Globe and Mail)