L'argent public justifie-t-il la censure de livres pour les bibliothèques ?

Federica Malinverno - 15.10.2020

Edition - Bibliothèques - contrôle livres bibliothèques - argent public censure


Distinguer entre livres interdits et bienvenus : le conseiller municipal de Ferrara Alcide Mosso a demandé de pouvoir vérifier les livres achetés par les bibliothèques municipales. La condamnation du Président du Centre pour le livre et la lecture ne tarde pas à venir.




 

Contrôle politique de la bibliothèque


La controverse commence lors de l’allocation de 50 000 € par le gouvernement à la bibliothèque municipale de Ferrara pour l’achat de nouveaux livres. D’où la proposition du conseiller de la Ligue (le parti souverainiste de Matteo Salvini) Alcide Mosso : « Je voudrais demander une liste des livres que vous avez l’intention d’acheter afin d’évaluer le type de livres fournis aux bibliothèques. » 

Une opération de censure plutôt anachronique, qui d’ailleurs serait illicite aussi en ce qui concerne les financements, car, au contraire de ce que Mosso déclare, l’achat de livres est payé par le gouvernement…
 

« Puisque la municipalité paie pour l’achat de ces livres, je pense qu’il est correct d’évaluer quels types de livres seront achetés. […] Évaluer les livres à acheter est un devoir ». Il ajoute : « Je voudrais voir si ces livres sont adaptés à nos citoyens, aux attentes de nos électeurs (…), donc je demande à tous les conseillers d’accepter cette demande. »
 

Au sein de la Commission, cependant, la proposition de Mosso n’a pas été retenue.

 

Ferme condamnation


L’épisode a suscité la vive réaction du Président du Centre pour le livre et la lecture italien (Cepell), Diego Marani, qui d’ailleurs est originaire de la ville de Ferrara. Tout d’abord, il a rappelé que la responsabilité de l’achat des livres dans les bibliothèques municipales incombe uniquement aux gestionnaires de ces bibliothèques.

Ensuite, il a précisé que les fonds supplémentaires destinés aux bibliothèques proviennent directement du ministère du Patrimoine culturel et que la ville n’a donc aucune compétence pour les gérer.
 

De plus, il déclare : « Il est d’une gravité sans précédent que de telles intentions de censure soient évoquées dans un conseil municipal de la République italienne et, en ma qualité de président du Centre pour le livre et la lecture, je condamne fermement cet incident. »

 

“Cultiver la République des lettres”


Dans une intervention parue chez EuNews, il rappelle l’importance de la communauté d’intellectuels européens qui, dans un esprit d’échange et partage culturel et artistique contraire à toute forme de censure, ont contribué à créer, dès la Renaissance, l’esprit européen. Les hommes faisant partie de ce que Pétrarque appelait « la république des lettres » ont continué à débattre même dans les périodes les plus sombres de l’histoire européenne.
 

Enfin, il conclut son intervention par une forte invitation à la lecture, « pour combattre la brutalité de l’ignorance aveugle qui nous entoure, de ces forces politiques obscures pour lesquelles la liberté de pensée fait peur et qui prétendent même censurer les livres comme dans un régime dictatorial ». Donc « lisons, cultivons nous aussi la république des lettres ! »


crédit photo : Souriante Incognito CC BY SA 2.0




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