L'Argentine offre la direction de la bibliothèque nationale à Alberto Manguel

Cécile Mazin - 23.12.2015

Edition - International - Alberto Manguel - bibliothèque nationale - Argentine livres


Le romancier Alberto Manguel a reçu les honneurs du gouvernement d’Argentine : la semaine passée, il a été nommé comme nouveau directeur de la Bibiothèque nationale, remplaçant ainsi Horacio Gonzalez. Ce dernier avait annoncé qu’il quitterait ses fonctions en 2016, quel que soit le résultat des élections. Manguel devrait prendre ses fonctions en juillet prochain.

 

Alberto Manguel,  © Craig Stephenson (Actes Sud)

 

 

Pablo Avelluto, ministre argentin de la Culture, était heureux de promouvoir l’écrivain à ce poste. « Manguel est l’un des intellectuels argentins ayant connu le plus de reconnaissance à l’étranger, et c’est aussi l’une des personnes les mieux informées au monde sur les bibliothèques – deux qualités que l’on retrouve rarement dans la même personne. »

 

Et de poursuivre : « C’est un éminent écrivain, en même temps qu’un expert dans le domaine de la gestion culturelle des bibliothèques. L’Argentine ne lui a pas encore rendu toute la reconnaissance qu’il mérite. »

 

Il a tout de même reçu la Médaille de la ville de Buenos Aires et l’ordre de Commandeur des Arts et des Lettres en France. Il cumule également un poste de membre de l’Académie des Lettres d’Argentine, et d’autres à la Fondation Guggenheim ainsi qu’à la Royal Society of Literature en Angleterre.

 

Honoré, et pas qu’un peu, l’Alberto : « Il serait ingrat de ne pas accepter un poste si important que Borges l’a occupé », répond-il. Il arrive par ailleurs avec un programme déjà fixé : « La bibliothèque ne peut pas ne pas être une institution politique, étant une institution avant tout culturelle. Nous ne pouvons pas diviser et séparer les responsabilités d’un citoyen. La Bibliothèque nationale a un rôle à jouer dans le système politique de l’Argentine : cela ne peut pas être évité, et je ne le souhaite pas. »

 

Manguel avait quitté le pays en 1969, et vécut par la suite en France, Angleterre, Italie, à Tahiti et au Canada, où il travailla comme rédacteur et lecteur pour différentes maisons d’édition. Aujourd’hui, résidant à New York, il assure être profondément honoré par ce rôle, « la liste des administrateurs passés m’intimide et me lance un grand défi ». 

 

Ce lien avec Jorge Luis Borges, qu’il souligne, remonte à ses 16 ans : à l’époque, il travaillait dans une librairie, où Borges s’est rendu – Pygmalion, située rue Corrientes, qui n’existe aujourd’hui plus. « Borges est venu acheter des livres et un jour, il m’a demandé si je pouvais venir lui faire la lecture chez lui, et j’ai accepté. [...] J’ai commencé à lire, et je me suis arrêté pour l’analyser. Le décortiquer comme une montre, pour voir comment il fonctionnait. C’était merveilleux. Je me souviens de son intelligence et de son humour. »  (via Perfil)

 

Conservateur de bibliothèques, Manguel ?

 

Cette histoire de bibliothèque ne doit cependant pas en cacher une autre : dans sa maison française, Alberto Manguel, qui s’apprête à quitter le pays, a laissé près de 30.000 livres. Et la grande question est de savoir ce qu’il adviendra de ce lieu impressionnant, dont l’écrivain connaît les moindres recoins. « Il cite un passage d’un livre et peut vous dire exactement à quel endroit ce livre est sur l’étagère. Mais personne d’autre que lui ne pourrait dire où est ce livre », explique Jillian Tomm, spécialiste de l’université de McGill. 

 

Et le romancier de confirmer : « Je n’ai pas de mémoire pour les têtes, ni pour les noms, ni pour les dates, mais dans ma bibliothèque, je me retrouve [...]. Je pense que l’expérience du monde nous vient d’abord par les livres », ajoute cet érudit. « Les livres nous donnent les mots pour nommer notre expérience matérielle et spirituelle. »

 

Déplacer la bibliothèque relève d’une grande complexité : lui-même souhaiterait que les livres le suivent à New York. Elle devrait être emballée en mars prochain, avant d’être stockée dans la Big Apple, pour être ressuscitée, selon ses propres mots. (via Le Devoir)