L'Argentine ouvre les portes de son histoire et juge d'anciens bourreaux

Clément Solym - 01.03.2010

Edition - Justice - Argentine - portes - histoire


Fut un temps, que les moins de 20 ans n'ont plus vraiment en mémoire, c'est rien de le dire. Pourtant, en Argentine, certaines années assez sombres vont être remises au goût du jour, avec l'ouverture d'un procès pas banal.

Depuis le 26 février, 156 exactions sont jugées - dont 17 fusillades et 75 disparitions dans un camp de séquestration, où l'on pratiquait allégrement la torture et l'extermination, et qui s'était fait affublé du joli petit nom El Vesubio. Parmi ces militaires, les colonels aujourd'hui à la retraite Humberto Gamen, Pedro Alberto Durán Saenz, et Hugo Ildebrando Pascarelli, qui dirigeaient les opérations au sein du camp, situé non loin de l'aéroport Ezeiza, à 32 km de Buenos Aires.

Plusieurs anciens militaires ainsi que des gardiens de prison sont nommés dans cette affaire. L'un d'eux, Roberto Bravo, a été arrêté récemment, alors qu'il coulait des jours paisibles à Miami, depuis 1977... Durant la période, près de 600 centres de détention clandestins furent actifs, et 30.000 personnes auraient été portées disparues selon les estimations des organisations mondiales.

Les huit personnes sur le banc des accusés appartiennent au groupe militaire de la dernière dictature (entre 1976 et 1983, soit en pleine période du règne d'Augusto Pinochet) et elles passent devant le Tribunal fédéral, pour répondre de disparitions comme celle de l'écrivain Haroldo Conti, du cinéaste Raimundo Gleizer ou du dessinateur Hector Oesterheld. Ce dernier avait été kidnappé avec ses quatre filles et ses gendres, en 1977, un des exemples les plus choquants de ce terrorisme étatique.

Ces intellectuels, séquestrés, avaient à l'époque réalisé des oeuvres contestatrices. Gleizer avait ainsi tourné un film Ni ovlido ni perdon, racontant le massacre de 19 prisonniers politiques qui tentèrent de s'échapper d'une prison du sud de la Colombie, en 1972.

Oesterheld était à l'origine d'un livre nomme La Eternauta, racontant, en 1957, une oeuvre de science-fiction dans laquelle le monde envahi par des extra-terrestres, laissant les héros de l'histoire complètement démunis. Solano Lopez avait consigné cette oeuvre. En pleine période de dictature, son oeuvre était alors apparue comme un modèle de résistance...


Enfin, le romancier Haroldo Conti fut l'auteur de Mascaro American Hunter, et il remporta plusieurs prix littéraires, dont le Casa de las Américas (Cuba).