L'armée se dote d'auteurs de science-fiction pour mieux faire la guerre

Nicolas Gary - 14.07.2019

Edition - Société - armée défense innovation - auteurs militaires défense - armes conception futur


Vive le 14 juillet : la Défense française a besoin de vous pour la Red Team ! À l’époque des Avengers et autres Suicide Squads, le ministère des Armées souhaite mettre toutes les chances de son côté. Pour ce faire, elle va monter une équipe de choc, répondant à ses perspectives concernant l’innovation en matière de protection.

'Operation Recruit ARMY STRONG'
BOOM ! - USA Army, CC BY ND 2.0 (photo d'illustration)
 

Le DOID n’est pas le nom de code d’un droïde perfectionné, mais le Document d’orientation de l’innovation de Défense. Ce dernier établit les objectifs et enjeux principaux à travers différents champs d’application. On parle ici d’applications en matière d’innovation pour 2019-2025, présentées dans un gros mémo qu’a réalisé l’Agence de l’innovation de défense (AID). 

Il ne s’agit pas tout à fait, comme le préconisait le corps des Marines en 2016, de recruter des écrivains pour savoir comment faire face à une attaque de zombies. Mais pas loin.

La Red Team, prophète des possibles Apocalypses

En effet, l’Agence souhaite monter une Red Team – L’équipe rouge, littéralement, dont on se demande encore pourquoi elle devait avoir un nom de code en anglais — réunissant 4 à 5 personnes. Ces dernières sont chargées de « proposer des scénarios de disruption », et ce, soit pour doter l’armée de nouvelles capacités soit pour se prémunir de celles que développeront ceux d'en face (ou ceux d'ailleurs...). Et charge à la Red Team de faire preuve d’imagination.

Pour ce faire, les profils recrutés — il n’existe malheureusement pas d’espace pour laisser son CV — seront ceux de futurologues et d’auteurs de science-fiction. Ils auront, tous ensemble à « imaginer au-delà », en échafaudant « des hypothèses stratégiques valides ». 

L’armée n’en est pas à son coup d’essai dans les transferts de compétences et les relations transversales : on se souviendra qu’un certain Isaac Asimov avait, en 1959, œuvré à la conception d’un bouclier antimissile pour protéger les États-Unis. Avec quelques réserves toutefois exprimées par le romancier, pour ne pas se faire littéralement embarquer ni recruter, et préserver sa liberté d’expression.

La Red Team pour sa part aura à envisager tout ce qui serait « de nature à bouleverser les plans capacitaires ». Travaillant avec l’AID et la DGRIS (Direction générale des relations internationales et de la stratégie), donc pour le ministère de la Défense, on attend d’eux plusieurs livrables, autour de deux axes : 
 
• des éléments de prospective disruptive qui peuvent aider à réfléchir aux conséquences stratégiques de l’arrivée de “technologies disruptives” 
• les usages asymétriques possibles des technologies (p. ex. Intelligence Artificielle) par des éléments malveillants étatiques ou non étatiques qui arrivent à maturité, notamment hors défense (et hors cyber)

Secret défense, pour ne pas inspirer l'ennemi

L’armée affiche au grand jour l’existence de cette Red Team, dont l’existence est publique : en revanche, les travaux seront frappés plus total sceau de confidentialité. En effet, ils seraient dangereux de les divulguer, « compte tenu de leur sensibilité et pour se prémunir d’inspirer de potentiels adversaires ». De même, il est fort peu probable que les membres de la Red Team soient dévoilés.

Par ailleurs, les livrables ainsi présentés feront l’objet de notes de synthèses, adressées aux différents services et corps des armées. Ces derniers pourront alors jouer autour des scénarios de menaces que les auteurs et futurologues auront esquissés. Mais également travailler à « des préconisations en vue de fournir une aide à la décision ». 

Dedication to Today's Apocalypse 12.21.12:-) The First Soviet Atomic Bomb RDS-1.
PLOUF ! - Andrey Korchagin, CC BY SA 2.0

 
Pour leur collaboration, les auteurs et futurologues profiteront d’un réseau social interne « grâce à la confrontation et à l’échange des points de vue ainsi qu’au partage du retour d’expérience, de faire mûrir les idées des innovateurs et de développer leurs projets ».

Ils pourront également prendre part à des événements, « réunissant les innovateurs du ministère des Armées pour échanger sur leurs expériences ». 

L’innovation est évidemment un élément crucial pour le ministère des armées : elle apporter une « supériorité opérationnelle qui leur permettra de défendre nos intérêts vitaux et d’assurer la sécurité des Français, sur notre sol comme en dehors de nos frontières, tout en se maintenant dans le groupe des puissances militaires qui comptent dans le monde », indique le document de l'AID.

Une dimension qui intègre trois approches claires : la dimension capacitaire, pour disposer d’un avantage dans les différentes situations, un volet technologique générant des solutions de défense, et des problématiques industrielles de production — faire la guerre a toujours rapporté de l’argent à ceux qui fabriquent les armes. 

Depuis quelques années déjà, les écrivains œuvrent à faire progresser plusieurs formes de technologies, dont la réalité virtuelle. Bientôt, les droïdes tueurs, les pistolets lasers et les parachutes qui se replient tout seuls ?

Le document est à télécharger ou consulter dans son intégralité ci-dessous : 




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