Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

L’assassin de l’écrivain Nahed Hattar condamné à mort

Elodie Pinguet - 21.12.2016

Edition - Justice - Nahed Hattar assassinat - Jordanie tribunal justice - caricature liberté expression


Riyad Ismaïl, auteur de l’assassinat de l’écrivain et journaliste Nahed Hattar, a été condamné à la peine de mort ce 20 décembre par la cour de sûreté de l’État jordanien, rapporte l’AFP. L'écrivain avait été tué pour la publication d'une caricature jugé offensante pour l'islam.

 

Michael Coghlan, BY CC SA 2.0

 

 

Le 25 septembre dernier, l’écrivain Nahed Hattar tombait sous les balles devant le tribunal d’Amman. Il était jugé pour avoir partagé une caricature d’un jihadiste dans un lit avec deux femmes et s’adressant à Dieu qui semblait le servir. Il avait précisé sur son compte Facebook que ce dessin était ciblé sur « les terroristes et la manière dont ils imaginent Dieu et le paradis, et qu’elle ne porte en aucun cas atteinte à Dieu ».

 

La caricature est qualifiée d’offensante envers l’islam. Nahed Hattar avait été arrêté le 13 août et relâché sous caution début septembre. Il se rendait à son audience lorsqu’il a été assassiné. Arrêté dans la foulée, l’auteur du crime jugé « odieux » a donc été condamné à la peine de mort par pendaison.

 

Il était accusé de meurtre prémédité, acte terroriste et possession illégale d’arme à feu. Âgé de 49 ans, Riyad Ismaïl est un ingénieur informatique qui avait travaillé pour le ministère de l'éducation.

 

Deux autres personnes ont également été condamnées à un an de prison par le tribunal. Il s’agirait du vendeur de l’arme et de l’homme les ayant mis en relation. Ils étaient jugés pour complicité. Riyad Ismaïl a précisé suite au verdict : « Dieu me suffit, il est mon meilleur défenseur », phrase des musulmans qui estiment que le seul jugement valable est celui de Dieu.

 

Des problèmes sécuritaires flagrants ?

 

Originaire d’un village chrétien et militant contre l’islam, Nahed Hattar, qui se disait athé, aurait reçu plusieurs menaces de mort suite à la publication du dessin, dont il n’était pas l’auteur. Suite à son assassinat, l’indignation est montée et plusieurs manifestants ont défilé à Amman pour lui rendre hommage et s’insurger contre le gouvernement.

 

Cette affaire a soulevé la question de la cohabitation entre les laïcistes et les fidèles traditionnalistes. Elle a également mis en lumière des failles politiques et sécuritaires dans ce pays qui se décrit comme un modèle de cohabitation religieuse entre les musulmans et les chrétiens.

 

La liberté d’expression est fragile et plusieurs écrivains ou dessinateurs ont également reçu des menaces, comme le caricaturiste Khalid Gueddar qui avait à son tour publié la caricature sur sa page Facebook.