L'ABF alerte les élus sur la situation des bibliothèques

Antoine Oury - 24.06.2015

Edition - Bibliothèques - ABF - bibliothèque - budget


Quelques jours après le congrès annuel de l'Association des bibliothécaires de France (ABF), à Strasbourg, qui a rassemblé un peu plus de 700 professionnels, l'organisation publie un manifeste à l'attention « des décideurs ». Celui-ci vient rappeler les moyens nécessaires aux bibliothèques pour mener leur mission de service public, et porte aussi bien sur les budgets que les effectifs, en passant par les conditions d'ouverture.

 

Congrès ABF 2015

L'ouverture du 61e Congrès annuel de l'ABF, le 11 juin 2015

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

Heureux hasard : les Rencontres nationales de la librairie qui ont pris place dimanche et lundi derniers à Lille ont elles aussi abordé la question de la lecture publique, du point de vue des librairies et donc des marchés publics. La fourniture des bibliothèques en livres représente une source de chiffre d'affaires non négligeable, précieuse pour les librairies indépendantes, notamment au niveau local.

 

Le manifeste publié par l'ABF pourrait ainsi être porté par toute la chaîne du livre, en passant par les auteurs et les éditeurs : 

 

Dans une période où les moyens financiers de nombreuses collectivités territoriales s’amenuisent, l’ABF fait appel à l’esprit de responsabilité des décideurs pour ne pas sacrifier un service public essentiel :

 

  • Diminuer les effectifs c’est réduire les services rendus à la population.
  • Diminuer les horaires d’ouverture, augmenter les tarifs d’inscription ou introduire une tarification, c’est écarter des publics, c’est restreindre l’utilisation de lieux publics essentiels à toute la population en particulier les publics jeunes et les publics défavorisés.
  • Supprimer des lieux d’accueil du public ne peut se faire que si le maillage du territoire demeure satisfaisant et n’écarte aucune population, notamment celle qui est la moins mobile (enfants, public familial, personnes âgées).

 

 

 Certes, les élus sont les premiers visés : si la question d’un élargissement — ou d’un aménagement — des horaires des bibliothèques a fait son chemin au sein des collectivités locales, certains directeurs d’établissement, lors du congrès, ont fait état de toutes les difficultés que ces changements généraient au sein des équipes : « Motiver les personnels à travailler les dimanches pour 0,74 € supplémentaires, c’est assez difficile. On laisse les directeurs d’établissement face à cet état de fait, il faut que ce soit gagnant/gagnant pour tout le monde », expliquait l’un d’eux.

 

On comprendra également au passage que la ministre de la Culture Fleur Pellerin et le gouvernement Valls sont aussi visés : le désengagement de l’État auprès des collectivités a laissé des marques, et Nicolas Georges, directeur du Service Livre et Lecture au ministère de la Culture, en a fait les frais lors de son intervention au congrès de l’ABF. Par ailleurs, l’absence de Fleur Pellerin, invitée, n’a pas non plus laissé une bonne impression auprès des professionnels, qui ont le sentiment d’être la dernière roue du carrosse.

 

Lors des Rencontres nationales de la librairie, à Lille, Fleur Pellerin a cependant été limpide sur le sujet. « Au fond, l’enjeu prioritaire pour notre société n’est pas celui de l’ouverture des commerces : c’est celui de l’accès à la culture le dimanche. Il s’agit moins d’ouvrir toutes les librairies que d’ouvrir les bibliothèques, qui, à la différence des cinémas, des théâtres ou des musées, sont pour la plupart fermées. Faire du dimanche un jour de culture, c’est d’abord une question de service public. »

 

« La position du SLL, de mon point de vue, devrait plus prendre en compte le point de vue des bibliothèques. Il y a un manque d’équilibre entre la représentation des intérêts des éditeurs et des libraires, qui sont tout à fait légitimes, et ceux des bibliothèques, qui sont bien moins représentés », notait ainsi Vincent Bonnet, directeur du Bureau européen des associations de bibliothèques, d’information et de documentation auprès d’ActuaLitté.