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L'Association pour l'écologie du livre veut penser l'avenir de la lecture

Antoine Oury - 28.02.2020

Edition - Société - ecologie livre - livre environnement - association livre


La chaine du livre se pose petit à petit des questions écologiques et environnementales relatives à ses pratiques, qui vont de la fabrication même des livres à l'idée de la surproduction d'une partie de l'industrie. L'Association pour l'écologie du livre, créée en juin 2019, réunit libraires, éditeurs, auteurs, bibliothécaires, chercheurs et lecteurs, tout simplement, pour penser ensemble les formes du livre et de la lecture de demain, dans un monde fini, aux ressources limitées.

Chasse aux livres
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Le constat d'une prise de conscience tardive, mais aussi d'une certaine urgence : Anaïs Massola (libraire Le rideau rouge, Paris) place sa rencontre avec l'ethnologue et auteur Marin Schaffner à l'origine de la création de l'Association pour l'écologie du livre. « Libraire depuis 15 ans, je me pose des questions autour du livre et de l'écologie, dans une perspective de décroissance, qui est selon moi le seul moyen de résoudre la crise actuelle », nous explique Anaïs Massola par téléphone.

Membre de deux groupements professionnels, le Syndicat de la Librairie française (SLF) et l'Association Internationale des libraires francophones (Ailf), elle note une prise de conscience « tardive » de la responsabilité environnementale par l'interprofession, malgré l'évocation récurrente de certains thèmes, comme la surproduction de livres, par exemple, « un sujet qui revient depuis 15 ans ».

De sa perspective, ce sont d'ailleurs des interventions extérieures qui ont mis un coup de pied dans le monde de l'entre-soi que constitue l'édition en France : la première, celle du BASIC (Bureau d'Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne), avec un rapport publié en 2017, et la seconde, du WWF, avec une étude axée sur l'édition de livres pour la jeunesse, en 2018 et une autre sur l'édition en général, l'année suivante.

Des données et des analyses qui ont révélé une importante marge de progression possible dans l'édition, pour parvenir à réduire les impacts environnementaux de la fabrication des livres, d'une part, mais aussi de leur acheminement ou encore de leur traitement en tant que déchets.

Des constats salutaires, selon Anaïs Massola, qu'il s'agit désormais d'exploiter et de dépasser, ce qui n'est pas si simple dans le secteur. « Si le WWF s'est intéressé au monde du livre, c'est parce que la résistance démontrée après le rapport du BASIC a intrigué l'organisation », rappelle-t-elle. « Lors d'un débat impliquant Daniel Vallauri, du WWF, et Pascal Lenoir, président de la commission Environnement et Fabrication du Syndicat national de l'édition, au moment des Rencontres nationales de la librairie, des libraires ont demandé s'il serait possible de connaitre l'origine des livres, leur lieu de fabrication, pour les proposer ou non. On nous a répondu que cela s'apparenterait à de la censure. »
 

Ouvrir la discussion au sein de la chaine du livre


« Ce que je constate en 15 ans de métier, c'est l'atomisation plus prononcée des acteurs : il devient difficile de jouer collectif. Et je réalise bien que les marges de manœuvre pour agir ne sont pas amples, avec une rentabilité entre 0 et 3 % dans l'interprofessionnalité », remarque Anaïs Massola.

L'Association pour l'écologie du livre a donc décidé, pour ses premières actions, d'effectuer un travail de prospective, entre libraires, sous la forme d'un recueil d’éco-fictions, Le livre qui cache la forêt, né d'ateliers menés avec des libraires entre novembre 2018 et mai 2019. « Dans l'idée, nous ne voulions pas faire un grand travail littéraire, nous avons essayé de poser différentes questions à travers certains scénarios, des pistes de réflexion... »

« L'association est née pour poser ce type de questions ouvertes, avec une certaine liberté qui est appréciable : nous la voulons espace d'écoute intelligente entre les acteurs de la chaine du livre, mais aussi avec des personnes extérieures au milieu, pour poser des constats nécessaires », indique Anaïs Massola. Les rencontres et discussions auront aussi pour but de sortir des moments très polarisés que sont par exemple les publications d'études, où les uns et les autres se renvoient la balle.

La perspective de l'association sur l'écologie du livre est systémique, souligne la libraire, « et les solutions seront donc nécessairement systémiques ». L'écologie d'un écosystème, en somme, depuis le créateur jusqu'au lecteur, en passant par l'éditeur, le libraire, le diffuseur ou le bibliothécaire : « Nous abordons rapidement des notions que l'Ailf évoque régulièrement, comme la bibliodiversité, la typologie des lecteurs, la domination culturelle ou le néocolonialisme... »
 

Agir en tant que libraire


En tant que libraire, Anaïs Massola s'interroge sur l'écologie du livre depuis un moment, en tentant de revoir ses propres pratiques, pour commencer. « Cela fait 8 ans que je n'achète plus de sacs, j'ai changé les ampoules de la librairie, je rationalise les emballages cadeaux... Ces gestes sont pratiquement ceux des particuliers, et son assez simples à réaliser. Ensuite, j'ai essayé de diminuer les flux, sur lesquels est basée l'activité du libraire : cela signifie mieux acheter, mieux retourner. Maintenant, je suis à 18 % environ de taux de retour, contre 25 % il y a quelques années. J'essaye aussi de grouper les commandes, pour n'en réaliser que deux fois par semaine », explique-t-elle.

Livres écologie - Livre Paris 2016
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Mais d'autres paramètres ne peuvent pas être influencés par un libraire seul, comme le lieu d'impression des ouvrages « qu'il faudrait connaitre au moment de la mise en place, parce qu'il est difficile de regarder dans tous les livres ou de décrypter les différents sigles ». « L'objectif serait bien sûr de revenir à une manière locale de vendre des livres, mais cela soulève des questions : il n'y a pas de raison que, lectrice à Paris, je ne puisse pas lire un ouvrage publié à Marseille. Des coéditions, de l'impression locale, autant de pistes qui sont évoquées par l'Alliance des éditeurs indépendants, notamment. »
 
Selon Anaïs Massola, c'est la profession même du libraire qui doit se réinventer, pour, entre autres, mieux accompagner le livre et le lecteur « après la vente » : « Cet accompagnement doit se faire au niveau local, sur le territoire, dans la cité, avec un rôle du libraire qui se rapproche un peu de celui du bibliothécaire. »

La prochaine étape dans la vie de l'association est la parution, le 6 mars prochain aux éditions Wildproject, d'un livre, Le Livre est-il écologique ?, qui proposera des pistes de réflexion, entretiens et nouvelles autour du sujet. Le même jour, l'organisation propose une journée d'échanges interprofessionnelle qui aura notamment pour but « de définir et comprendre ce dont on parle, en abordant la question de la fabrication du livre, mais aussi la propriété intellectuelle ou la bibliodiversité ».


Commentaires
L'article ne parle pas du tout du pilonnage et du recyclage d'un nombre impressionnant de livres: la censure dont il est question ne mentionne pas la question du tirage et du pilonnage qui dépendent du plan de vente et de ses résultats.
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