Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

medias

L'attachement de Montpellier aux librairies Sauramps : “Quel gâchis !”

Nicolas Gary - 02.07.2017

Edition - Librairies - librairies Sauramps Furet - Montpellier Sauramps Furet - manifestation solidarité Sauramps


Le mouvement de solidarité des Montpelliérains à l’égard de leur librairie n’a pas été feint. La mention « Magasin fermé », rayée, et en commentaire « Ouvert dans notre cœur », suivi de petits dessins. Depuis samedi 1er juillet, le Furet du Nord est officiellement propriétaire des boutiques d’Alès et de Triangle. Entre écœurement et pragmatisme, la vie va devoir se poursuivre. 



via MDelafosse
 

 

La pétition lancée voici quelques jours aura fini par récolter 542 signatures au moment où nous écrivons. Désormais, le cap des 1000 est devenu l’objectif. L’idée est de faire revenir le tribunal de commerce sur sa décision et de renverser le choix du Furet. En face, le groupe Amétis, manifestement préféré par l’ex-PDG de Sauramps, Jean-Marie Sevestre, décidé à se battre. Sur les 119 salariés, Amétis préservait plus d’emplois que Furet — chose que les salariés ne comprennent pas. 

 

Et profitant de l’incompréhension qui règne, l’ancien PDG a décidé de faire appel de la décision du tribunal de commerce. « Un comportement de kamikaze », assurait-on à ActuaLitté récemment. Pourtant, les salariés rencontreront bel et bien le préfet et le procureur, pour obtenir un avis suspensif. 

 

 

C’est d’ailleurs pour montrer leur investissement que les salariés avaient appelé à une manifestation ce 1er juillet. « Leur investissement, nous n’en avons jamais douté », indique-t-on. « Le danger vient de ce qu’une pareille décision pourrait tout faire basculer : là, nous avons une solution, qui résulte du choix du tribunal. Un avis suspensif pourrait entraîner une liquidation définitive. »

 

À Midi libre, Pierre Coursières, PDG du Furet, explique : « Nous allons attendre la décision de la cour d’appel, mais cette initiative bloque la relance de Sauramps. S’il [Jean-Marie Sevestre, NdR] obtient la suspension de l’exécution, ça va être une catastrophe pour tout le monde. »

 

Et d’ajouter que les anciens dirigeants — que l’offre d’Amétis maintenait en place — portent « une responsabilité majeure » dans l’actuelle situation de l’établissement. Comme si un vent de manipulation soufflait et que l’on cherchait à maintenir un espoir dont les conséquences seraient plus lourdes encore que l’actuelle situation de reprise.

 

Une solidarité forte à Montpellier

 

Durant la manifestation, « pas mal de monde est venu, ainsi que des clients, mais beaucoup ne comprenaient pas l’enjeu de la pétition à l’intérieur du magasin Triangle », nous rapporte une libraire. « Leur soutien n’a pas mené à grand-chose, mais fut apaisant. Les gens attendent lundi et la rencontre prévue. »  

 

Du côté d’Odysseum, on sait que cela ne durera pas éternellement, et le temps était aux adieux. On refait l’histoire, déplorant toutes les mauvaises décisions prises par la direction de Sauramps. « Il n’y aura désormais plus de librairie ni de commerce culturel à Odysseum. On sait déjà que c’est Zara qui va reprendre les lieux, et implanter son prochain magasin à la place de la librairie Odyssée. » Ironie : selon nos informations, il avait déjà été proposé aux responsables de l'actuel magasin Zara, de procéder à un “échange” des locaux avec Sauramps...

 

Le propriétaire du centre commercial, Klépierre, avait de toute manière coupé court à toute forme de négociation, même la possibilité d’investir un espace plus petit pour conserver la librairie. 

 

À ActuaLitté, Pierre Coursières précise : « La manifestation de samedi a réuni beaucoup de monde : salariés, clients et Lutte ouvrière. Notre équipe de triangle n’a pas bougé de son magasin et nous poursuivons notre démarche pédagogique au sein du regroupement. Il faut lutter contre les messages contradictoires et confus, qui sèment le doute dans les esprits de chacun. » Une autre rencontre à Alès était prévue le même jour, et un retour à Triangle le soir même. « On donne du sens et les gens comprennent. »

 

 

Messages confus ? L’intervention de François Fontès qui portait l’offre d’Amétis, ce 29 juin sur France bleu, était pour le moins étrange. « Je suis assez scandalisé : comment peut-on préférer une entreprise qui a fait une offre qui financièrement est moins élevée que la nôtre ; qui sur le plan social est catastrophique. Aujourd’hui, j’ai beaucoup de peine, pour les salariés d’Odysseum. »

 

 

Tout le problème vient de ce qu’en dépit de l’offre portée par Amétis, non seulement le devenir de la librairie Sauramps Odyssée était lié à la fin du bail — mai 2019 – mais surtout, le tribunal a considéré l’inexpérience totale de François Fontès dans le secteur. Lequel préférait alorsse draper de suspicions : « Les attendus du tribunal, je ne les comprends pas, et je ne sais pas ce que cela cache. »

 

Rien, manifestement. Sinon que l’offre d’Amétis n’était tout bonnement pas convaincante. Pour le tribunal, millions d’euros qui roulent n’amassent pas mousse… Difficile à encaisser, en effet.

 

Soulignons également que si Furet va développer un segment hors livre, l'idée d’Amétis, pour Triangle, était de mettre en vente des produits connectés, valorisant la high-tech et le design, dans l’espoir de faire venir des jeunes. C’est du moins ce que François Fontès avait à l’esprit, s'inspirant de Fnac ou d'autres chaînes ?

 

Développer Sauramps en Occitanie 

 

D’ailleurs, le Furet s’est déjà mis au travail, rappelant qu’avec Alès et Triangle se trouvent également Polymômes et Musée Fabre. Le projet a été globalement détaillé : en voici les points majeurs.

 

- Une relance commerciale, préservant la prédominance du livre, évolution de l’offre hors livre vers de nouvelles activités en lien avec la papeterie. 

- Des nouveaux outils digitaux, un support marketing puissant, une dynamisation du « click and collect » (e-réservation) et de tous ses outils de vente en ligne. 

 

Et avant toute chose, une mise aux normes de l’établissement Triangle, en priorité. Un plan « d’investissements de plusieurs millions d’euros pour mettre les points de vente en position d’aborder les mutations rapides que nous observons dans notre commerce », est sur les rails. 

 

Mais surtout, sera immédiatement injectée « la trésorerie indispensable au financement des enjeux commerciaux qui nous attendent : la rentrée scolaire, littéraire et la fin d’année ». La marque Sauramps sera préservée et valorisée en Occitanie, garantit le PDG du groupe. 

 

Et de poursuivre : « Sauramps est une marque magnifique, riche de son histoire et de ses valeurs partagées par ses équipes et ses clients. Nous sommes très fiers de ce rapprochement et de cette nouvelle aventure commune qui débute. Le respect mutuel des deux enseignes et les bonnes synergies vont nous rendre encore plus forts dans nos marchés en pleine mutation. »