Le lecteur prend le pouvoir au sein de L'Attelage, collectif d'auteurs indés

Clémence Chouvelon - 05.08.2015

Edition - Les maisons - L'Attelage - auteurs indépendants - écriture participative


L'Attelage est un jeune collectif d'auteurs indépendants prônant l'écriture collaborative. Loin des schémas de l'édition traditionnelle, L'Attelage met les lecteurs au centre de l'écriture, et travaille avec d'autres artistes pour enrichir leurs univers littéraires de musique, d'illustrations ou d'autres écrits. 

 


Portail de L'Attelage

 

 

« Le lecteur et sa prise de parole - voire même, sa prise de pouvoir - au sein de l’écosystème littéraire ont toujours été ma plus grande source de motivation », explique Maxime Duranté, l'investigateur du projet, à ActuaLitté. « Pour moi, le texte n’a de vie qu’à condition d’être lu, aussi et surtout partagé, débattu, critiqué, pris comme point de référence, décliné, réapproprié avec intelligence. »

 

Après le projet d'une plateforme qui se rapprocherait de Steam Greenlight, un espace de publication autorégulé par le public consacré aux jeux vidéo, où l'idée était de « donner leur chance à des manuscrits ayant passé un crible préalable », Maxime Duranté a l'idée de créer L'Attelage, un rassemblement de jeunes auteurs indépendants. Après un séjour plus ou moins long sur la plateforme de publication et de lecture Wattpad, les cinq auteurs, Maxime Duranté, Marion Roudaut, Karole Schifferling, Julien Willig et Antoine Bombrun sont rassemblés sous la bannière L'Attelage, qui fête ses cinq mois d'existence.

 

Le groupe garde de Wattpad son « esprit d’expérimentation » et l'interaction avec les lecteurs, le nerf de leur projet : « L’immédiateté, l’absence d'intermédiaire, de filtre médian entre l’écrivain et son lectorat, est au cœur des aspirations de tous les membres de l’Attelage. » Ils souhaitent proposer une littérature de qualité, qui évolue au fur et à mesure des interactions entre l'auteur et ses lecteurs. Les ouvrages sont ainsi publiés de façon épisodique, à la manière de romans-feuilletons. 

 

Des libertés que ne permet pas le circuit de l'édition traditionnelle, dont les Attelés se sont naturellement détourné, celle-ci ne leur offrant pas, entre autres, l'aspect collaboratif attendu : « Il n’y a pas une seule histoire sur l’Attelage qui n’ait pas été bidouillée suite à un retour de lecteur particulièrement pertinent, et nous adorons le caractère non définitif de nos productions. Désacraliser le livre, c’est aussi s’accorder le droit de le rendre meilleur. » 

 

En étirant l’histoire de cette manière, sa vie, et la vie que l’esprit du lecteur insuffle en elle, enfle pour prendre de surprenantes dimensions. Tant que vous n’avez pas terminé d’écrire, les lecteurs supputent, théorisent, expriment leur ressenti en permanence. Il en ressort un phénomène s’apparentant à des shoots d’adrénaline, administrés à chaque fois qu’on héberge un nouveau fichier sur le site. Une nouvelle naissance à chaque chapitre. J’ai du mal à concevoir moyen plus exaltant d’éprouver la puissance évocatrice de son récit.

 

L'Attelage compte également proposer une littérature accessible au plus grand nombre : l'abonnement est plus symbolique que rémunérateur, de 2 € pour un mois à 12 € par an, permettant d'avoir accès à l'ensemble des ouvrages et créations disponibles. Un ensemble de textes sont disponibles gratuitement, sur simple inscription. Tentant de tirer parti de l'interactivité permise par Internet et le format EPUB — sans DRM, bien entendu — L'Attelage propose des ebooks augmentés : divers artistes — illustrateurs, musiciens, entre autres — travaillent autour des oeuvres des Attelés. Le Livre du Destin de Marion Roudaut, par exemple, s'est vu enrichir par des illustrations, mais également des compositions musicales. Les sommes récoltées grâce aux abonnements servent ainsi principalement à rémunérer, à la hauteur de leurs moyens, ces artistes satellites.

 

L'Attelage se veut donc plus une expérience communautaire complète qu'un simple collectif d'auteurs autopubliés. 

 

Bien sûr, vous pouvez parfaitement vous contenter de venir sur le site de l’Attelage, de télécharger les fichiers et de les lire en attendant le train. Je pense néanmoins que vous passeriez à côté de ce qui fait tout l’intérêt du projet en agissant de la sorte, et j’aimerais que les personnes intéressées par nos écrits soient concomitamment exposées à ce qui entoure ces derniers.