Création originale et adaptations d’œuvres : un déséquilibre à la télévision

Nicolas Gary - 02.07.2015

Edition - Société - création - adaptation - SACD


La réponse du berger à la bergère n’a pas traîné. La direction générale de la SACD nous avait promis une riposte bien sentie, après la communication du SNE et du SCELF. Ces deux organismes s’étaient émus de ce que la SACD ait dégainé un communiqué qui l'engageait « dans un combat étrange contre la littérature et la bande dessinée », estimaient le SNE et le SCELF. En réalité, tout le monde s’était mal compris...

 

Titeuf série télé

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Tout cela parce que la SACD évoquait une trop grande présence, dans les contenus jeunesse, d’adaptations. Selon les données fournies, en 2014, « 67 % du minutage des œuvres diffusées toutes chaînes confondues », représentaient des adaptations. Eh bien sur France 5, on arrive à 75,7 %, et sur France 3, on passe la barre des 81 %. Quel mal ? « Une telle politique pénalise la rémunération des auteurs, puisqu’une part du droit d’auteur revient à l’auteur de l’œuvre originale. »

 

La bataille de communiqués se poursuit donc, et la SACD entend rectifier deux ou trois choses. Parce que, les amalgames et les fausses informations, ça va cinq minutes. Comme tout cela ressemble fort à une tribune, nous préférons le publier dans son intégralité, que chacun puisse se faire sa propre idée.

 

 

 

Animation, la guerre n'aura pas lieu

 

En juillet 2014, la SACD a rendu publique une étude qu’elle a réalisée sur les pratiques contractuelles en matière d’animation et sur la diffusion de ces œuvres à la télévision soulignant une tendance lourde : l’augmentation importante de la part des adaptations d’œuvres au détriment de la création originale.

 

Elle a alors décidé d’engager, non pas une guerre, mais une négociation avec la SCELF afin de partager ce diagnostic et de réfléchir à l’évolution possible du partage des droits entre les auteurs d’animation, scénaristes ou réalisateurs, et les ayants droit des œuvres littéraires faisant l’objet d’adaptation. Ces discussions sont toujours en cours et la SACD souhaite les poursuivre, en dehors de toute pression et dans le même esprit collaboratif qui l’a animé depuis le début.

 

De son côté, le CNC a lancé l’an dernier le chantier de la réforme du compte de soutien à l’animation qui n’avait pas été modifié depuis 2004 et qui permet aux producteurs de bénéficier d’aides pour le développement et la production d’œuvres d’animation. Les échanges qui ont eu lieu avec le CNC, les producteurs et le ministère de la Culture et de la Communication ont fait émerger la nécessité de mieux accompagner la création originale. Il est en revanche totalement abusif et inapproprié de parler de « pénalisation de l’adaptation » puisque les propositions énoncées par le CNC visent essentiellement à valoriser et à bonifier la création originale.

 

Un soutien renforcé à la création originale, en particulier durant la phase de développement, se justifie d’autant plus qu’il y a une prise de risque plus importante pour le producteur.  Investir sur des œuvres de création originale qui ne bénéficient pas, par définition, de la notoriété d’un projet d’adaptation est évidemment moins aisé pour un producteur : il devra y consacrer davantage de temps et de moyens dans la mesure où c’est tout un univers graphique, visuel et littéraire qu’il appartiendra aux auteurs de créer. 

 

La logique du marché pousse à des adaptations, la logique du compte de soutien et de l’intervention publique du CNC est justement d’encourager ce que le marché prend plus difficilement en charge.

 

Au-delà, la SACD souhaite replacer les déclarations faites par France Télévisions au dernier Festival d’Animation d’Annecy annonçant leur intention de réduire la part de l’adaptation dans ses programmes d’animation jeunesse pour encourager la création originale dans le contexte de sa politique éditoriale mise en œuvre jusqu’alors. 

 

La proportion d’adaptations sur le service public n’a cessé de croître ces dernières années représentant même 75 % de l’animation diffusée par France Télévisions, là où les chaines privées en particulier TF1 et M6 répartissent de manière assez égale leurs diffusions entre création originale et adaptation. 

 

Considère-t-on que la mission du service public, financée par de l’argent public, soit d’éviter toute prise de risques et de se focaliser quasi-uniquement sur des succès de librairie ou des adaptations au détriment de nouvelles créations ? Nous pensons au contraire que le service public doit veiller à encourager et à soutenir la prise de risque, au moins autant que le font les chaines privées. Contrairement à ce que pensent certains, l’audiovisuel est aussi un lieu de création, pas uniquement un outil de promotion de la lecture. 

 

La SACD est convaincue que la création originale, comme les adaptations d’œuvres littéraires, ont leur place à la télévision. Mais, elle est aussi persuadée que le déséquilibre actuel, qui va grandissant et qui minore la rémunération des auteurs d’animation et donc l’émergence de talents, n’est aujourd’hui pas satisfaisant pour les auteurs et pour la diversité de la création.

 

L’avenir de l’animation française, dont les talents sont salués partout dans le monde, est à un carrefour car il faut continuer à lutter contre les délocalisations, conforter le soutien aux œuvres et maintenir la richesse, la diversité et le dynamisme de cette création. A l’évidence, ces enjeux cruciaux méritent moins de nouvelles polémiques que de discussions et de négociations. C’est l’état d’esprit que la SACD souhaite faire vivre, dans la continuité de ses engagements.