L'augmentation des lecteurs d'ebooks favorisera le piratage

Clément Solym - 13.11.2008

Edition - Société - piratage - lecteurs - ebooks


Nous avons pu nous procurer une copie de l'étude portant sur le piratage en France, que le cabinet Equancy & Co a publié aujourd'hui. Au cours d'un chapitre entièrement dédié au livre, on y analyse un domaine de la création « qui n'est pas aussi sensiblement impacté (si ce n'est dans la littérature scientifique et technique) », mais qu'il faut prendre en compte « dans le calcul de l'empreinte économique ». Les manuels scolaires sont également évoqués dans un ajout à l'étude.

L'ebook épargné... par manque de supports

Le livre n'aurait pas subi la baisse constatée dans l'achat de produits culturels, puisque'entre 2004 et 2006, on perdrait simplement 1 %, selon des chiffres rapportés par la SNEP, le syndicat national de l'édition phonographique. On se demande bien ce que la musique vient faire là-dedans... Mais soit, car à « défaut d’être lu, l’objet livre continue donc d’être acheté, constituant par ailleurs le premier poste de dépenses d’objet culturel des Français, loin devant la vidéo ou la musique. »


Or, qu'est-ce donc qui protège le livre, et qui a plombé la musique ? Le « support privilégié que représente le lecteur MP3 », mais et les éditeurs peuvent se réjouir de ce que le marché du livrel « est encore balbutiant52, ce qui constitue un frein évident au développement à la littérature électronique ». Sauvés, donc ? Hélas non, puisque les bibliothèques consacrent des fortunes à « l'achat de contenus numériques, notamment pour les bibliothèques universitaires ». En claire, plus de lecteurs d'ebooks équivaudra à plus de piratage...

Offres gratuites et simplicité de téléchargement

D'autre part, on trouve l'offre gratuite, incarnée par Gallica, qui elle aussi propose de nombreux livres électroniques... mais où se trouve la copie illégale ? Évoquer Textbook Torrents, site aujourd'hui fermé relève de la plaisanterie : ces livres sont en anglais pour la plupart, et l'on voit mal comment la France pourrait être ainsi impactée.


D'autre part, évoquer la vitesse de téléchargement et l'extrême légèreté (en Ko, voire en Mo) des ebooks, pour inculper indirectement les Fournisseurs d'accès à Internet, semble de très bon ton actuellement, et brosse dans le sens du poil certains discours gouvernementaux. Ces derniers préférant d'ailleurs couper internet pour les téléchargeurs prirent en flagrant délit, plutôt que de leur infliger une amende. C'est connu priver d'internet est une méthode fiable... pour couper du reste du monde...

L'édition se porte pourtant bien

Le SNE a d'autre part fourni les chiffres d'affaires de l'édition, évalués à 2791 millions € pour 2006, et dont on constate une permanente augmentation, bien que légère. Mais là encore, on s'interroge : où sont les pirates ? Si le phénomène est « bien réel », reprend l'étude, « il ne semble pas avoir aujourd’hui l’ampleur observée dans le domaine de la musique ou de la vidéo ». Les raisons ont été évoquées plus haut.

Tout le reste n'est alors que prospection et anticipation des pertes possibles et estimées. « En 2006, les Français ont acheté 469,7 millions de livres66, ce qui correspond à un peu plus de 7 livres par français par an. » Et comment parviendrait-on à une perte de 147 millions € par an ? En se reportant tout à la fois sur le prix de l'offre américaine, ramenée à une moyenne sur le prix de vente d'un ebook en France - évaluée à 8,50 €, on croit rêver !

L'urgence d'une offre légale

Tout un fatras d'approximations, mêlant divers éléments et des calculs improbables, mèneront qui le souhaite au chiffre escompté. Une seule réalité ressortira de cette lecture : il faut une offre légale attractive !

L'étude est disponible au téléchargement ci-dessous.