L'auteur Alain Mabanckou veut ouvrir l'Amérique au reste du monde

Bouder Robin - 26.05.2017

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Alain Mabanckou, auteur reconnu en République du Congo et en France, espère toucher prochainement un nouveau public : les lecteurs américains. Son roman Petit piment, paru en 2015 aux éditions du Seuil, paraîtra en anglais début juin (Black Moses, traduit par Helen Stevenson, publié par New Press). L'occasion de rappeler en des temps troubles l'importance d'une ouverture sur le monde.

 

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Alain Mabanckou (2013) - Claude Truong-Ngoc (CC BY-SA 3.0)

 

 

En 2012, c'est l'ensemble de son œuvre qui avait été couronné par l'Académie française pour le grand prix de littérature Henri Gal ; à présent, Alain Mabanckou, auteur de Mémoires d'un porc-épic (prix Renaudot 2006, Le Seuil), compte bien faire entendre son nom outre-Atlantique, et son livre Petit piment pourrait bien l'y aider.

 

Comme dans la majorité de ses romans, l'intrigue de Petit piment se situe en partie à Pointe-Noire, capitale économique de la République du Congo si chère à son cœur. L'histoire du jeune Moïse, qui quitte son orphelinat pour vivre des aventures dans la Pointe-Noire des années 1960-1970, avait su toucher le cœur des lecteurs francophones lors de sa parution au Seuil en 2015.
 

Aujourd'hui, c'est aux États-Unis, où il enseigne la littérature, que Mabanckou veut faire sensation. Black Moses paraîtra en juin en anglais, remarqué pour son concours au Prix international Man-Booker, qui récompense depuis 2005 des écrivains de fiction. Mabanckou n'a pas connu la même enfance que son personnage, mais s'est attelé à retracer la vie pendant la révolution Marxiste-léniniste de l'époque.

 

Mathias Énard toujours dans la course pour le Man Booker International Prize
 

« J'essaye d'écrire quelque chose qui soit comme une biographie de ma ville, explique-t-il. Les Congolais aiment le fait que je parle de la mer, des rues, des prostituées, et des anciens noms du quartier. Ils veulent que l'on écrive ce genre d'histoires, parce que l'histoire de l'Afrique a été écrite par la France. Elle n'est pas exacte. »

 

Si Mabanckou espère toucher les États-Unis à travers son travail, c'est qu'il est persuadé que l'Amérique a plus que jamais besoin d'avoir un aperçu de ce qui l'entoure. « Nous en sommes à un point où l'Amérique pense qu'il vaut mieux fermer ses portes au reste du monde. Mais il est préférable d'ouvrir la fenêtre. Nous exprimons notre identité, ce qui est très important ; nous allons chercher la véritable histoire, plutôt que de la lire de la plume de Conrad ou de Kapuscinski. »


 

D'autres écrivains d'origine africaine ont bien percé aux US, comme Teju Cole ou Chimamanda Ngozi Adichie ; mais ce que Mabanckou réalise, c'est que leur œuvre est écrite en anglais et surtout, se concentre sur leur expérience aux États-Unis plutôt qu'en Afrique. Un élément indispensable ? Mabanckou y songe en tout cas de plus en plus.

 

« Je pense écrire à propos des problèmes rencontrés par les Africains et les Afro-américains aux Etats-Unis ; ça prendra du temps. » Tout en précisant qu'il n'en a pas pour autant terminé avec Pointe-Noire...

Via The New York Times