Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

L'auteur et éditeur Bryan Perro ouvre une librairie à Shawinigan

Julien Helmlinger - 06.12.2013

Edition - Librairies - Librairie - Québec - Bryan Perro


Outre-Atlantique, au Québec, l'écrivain et éditeur prolifique Bryan Perro avait annoncé il y a trois mois son intention d'ouvrir sa propre échoppe destinée aux amoureux de lecture. Parole tenue, en association avec sa fille Gabrielle Gilbert-Hamel, tandis que ce mercredi l'enseigne Perro Libraire ouvrait ses portes à Shawinigan. Sur la place du Marché, au coeur du centre-ville, la nouvelle boutique bénéficie d'une superficie de plus de 200 mètres².

 

 

 Que la force soit avec lui.. (via Facebook)

 

 

Comme le présentent les associés, la librairie se veut globalement généraliste et couvrant une grande variété de styles, et se destine à permettre aux habitants de la bourgade de ne plus avoir à quitter la ville pour se procurer leurs lectures quelles qu'elles soient. Quelques axes privilégiés néanmoins, Bryan Perro précise que : « Nous sommes associés avec la librairie L'Imaginaire de Québec, ce qui nous permettra de miser en plus sur une offre particulière dans la science-fiction, la fantastique et la bande dessinée. »

 

En marge de cette ouverture de la librairie, Perro Éditeur saisira l'occasion de déplacer ses locaux juste à côté, consolidant de la sorte six emplois à temps plein. Tandis que la maison d'édition fonctionne à bon régime, la librairie lui offrira sans doute quelques débouchés pour écouler ses tirages.

 

Bryan Perro confie : « En deux années et demie depuis l'ouverture, nous avons publié 23 titres, vendu 82 712 livres et nous avons présentement un best-seller avec Avis de décès, sorti il y a un mois et demi. C'est donc dire que ça va très bien de ce côté. Côté librairie, il y a un très important potentiel de développement ici à Shawinigan et notre établissement vient répondre à un besoin. On veut donner le choix aux gens de Shawinigan. Ils peuvent acheter n'importe où, mais notre rôle désormais, c'est de les convaincre que d'acheter ici, c'est le bon choix. »

 

Enthousiaste, le maire Michel Angers était présent au lancement : « Ça vient combler un besoin, d'une part, mais ça met la lumière sur un auteur d'envergure internationale qui choisit d'investir chez lui, à Shawinigan. C'est un message aux gens de Shawinigan de faire de l'achat local et d'encourager des gens comme Bryan et sa fille qui y croient. [...] Il faut y voir un effort de gens de Shawinigan qui prennent en charge leur propre destinée. C'est la preuve que le virage entrepreneurial est bien entamé ici. »

 

Selon les relevés 2012 du Centre local de Développement, les Shawiniganais dépenseraient 1,7 million de dollars auprès des librairies et les marchands de journaux, une demande annuelle que la ville n'est pas en mesure de combler. La librairie permettra néanmoins d'y remédier partiellement. L'entreprise est également bien accueillie par le voisin de la boutique, le café Morgane, qui prêtera ses locaux dès septembre prochain pour accueillir des rencontres publiques d'écrivains.

 

Interrogé quant aux risques financiers, Bryan Perro entend placer la passion du livre au dessus de ces préoccupations. Il explique avoir été mis en garde au lancement de Perro Éditeur, mais que même sans subvention, la maison survit et s'agrandit, totalisant aujourd'hui quelque 82.000 ouvrages écoulés. Il n'ouvre pas non plus boutique au hasard, mais a réalisé son étude de faisabilité en amont. « Même avec l'hypothèse de chiffres d'affaires la plus pessimiste, on arrive, alors, il n'y a pas de raison de ne pas se lancer. Ma plus grande force dans mes divers projets, c'est que je sais aller chercher des bonnes personnes pour m'entourer. »

 

Concernant le grand débat québécois du moment, quant à la question de la réglementation du prix du livre, le nouveau libraire semble confiant en le projet de loi annoncé par le ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto. 

 

« C'est fantastique. On a besoin d'être à armes égales avec les commerces de grande surface. Ce n'est pas vrai que la loi va venir protéger les petites librairies: elle va protéger les librairies qui ont un fonds, c'est à dire qui tiennent des auteurs en permanence et pas seulement des best-sellers récents. Par exemple, des librairies qui tiennent toute l'oeuvre de Michel Tremblay et où les acheteurs vont aller pour se procurer ses ouvrages plus anciens après avoir lu son dernier best-seller. Ça va équilibrer les choses pour qu'à la ligne de départ, nous soyons tous à forces égales. »