L'auteur français a 55 ans, signe de son vrai nom et est (probablement) un homme

Antoine Oury - 21.06.2016

Edition - Société - auteur France - écrivain France - auteur rémunération


La Bibliothèque nationale de France a publié le rapport de l'Observatoire du dépôt légal pour l'année 2015. Outre les habituelles données sur le nombre d'ouvrages publiés en France et les déposants, l'établissement patrimonial s'est livré à une enquête sur les auteurs de ces livres. Une sorte de portrait-robot de l'auteur français, avec tout ce que cela comporte d'approximatif... Mais cette vision générale révèle aussi les carences de l'édition, particulièrement en matière de diversité.

 

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(Léo Mabmacien, CC BY-SA 2.0)

 

 

Avec 75.000 livres recencés en moyenne par le dépôt légal de la Bibliothèque nationale de France, les services de l'établissement voient défiler un nombre impressionnant de noms d'auteurs. Ces ouvrages « ont été rédigés, illustrés, traduits, préfacés, adaptés, etc. par 65.470 auteurs différents chaque année », précise la BnF, soit 41.653 auteurs français contemporains vivants par an, si l'on retire du compte les auteurs décédés, ceux du domaine public et les écrivains étrangers.

 

Entre 2013 et 2015 inclus, près de 100.000 auteurs ont publié ou participé à au moins un ouvrage, mais « ils ne sont que 7557 à avoir contribué à au moins un livre chaque année », souligne la BnF dans son rapport. Lequel précise que les auteurs pris en compte sont tous ceux qui ont publié, contrairement à l'étude du ministère de la Culture qui considérait les auteurs ayant reçu une rémunération en 2013, soit 101.600 auteurs. À ce titre, l'étude de la BnF s'intéresse plus spécifiquement aux auteurs concernés par l'offre éditoriale de l'année passée.

 

Chaque année, la BnF relève en moyenne 100.312 mentions d'auteurs : l'écrasante majorité de ces dernières recouvre les auteurs du texte principal eux-mêmes, hors préfaciers et postfaciers. Pour les autres métiers entrant sous la dénomination « auteur », la BnF propose un graphique représentatif.

 

 

7,9 % des mentions d’auteurs sont réalisées sous un nom différent du nom d’état-civil, note la BnF. Autrement dit, l'usage d'un pseudonyme est relativement rare : il est encore fréquent en bande dessinée (21,9 % des mentions d’auteur), littérature pour la jeunesse (10,8 %), romans et poésie (12 %). Logiquement, l’usage de nom de plume ou d’artiste est aussi répandu pour les disciplines artistiques, en premier lieu arts graphiques (7 %).

 

Les auteurs de publications assimilées à l’ésotérisme recourent à 14,4 % à des pseudonymes. La pratique du pseudonyme est au contraire très marginale pour des secteurs tels droit, administration, économie, mathématiques, physique, histoire, etc. En prenant en compte les noms en religion, on observe également que pseudonymes et noms en religion rédigent près de 10 % des ouvrages consacrés à la religion, indique encore la BnF.

 

La nationalité des auteurs publiés en France est majoritairement française (74 %), devant les Américains, les Anglais, les Belges et les Japonais. Les Français sont les plus présents pour les ouvrages évoquant l'histoire de France (98 %), l'administration (95 %) et le commerce et la communication (92 %), tandis qu'ils ne représentent que 40 % des mentions d'auteurs de bandes dessinées, 48 % pour les livres sur l’Islam et les religions orientales, 58 % l’ésotérisme, 66 % pour le christianisme et le judaïsme, 69 % la psychologie. Fiction et littérature jeunesse sont à 70 %. Ces chiffres sont à mettre en parallèle avec ceux des traductions publiées en France en 2015.

 

Les auteurs belges et italiens sont très actifs en BD, tandis que les Américains, eux, signent surtout des romans. Lorsque des auteurs japonais sont publiés en France, c'est à 91 % pour de la bande dessinée - ou plutôt du manga.

 

Tous les âges, mais des déséquilibres entre les sexes

 

Les catégories d’âges des auteurs les plus représentées se situent entre 40 et 69 ans, avec un âge moyen de 55 ans : 428 livres signés par des auteurs mineurs ont été déposés entre 2013 et 2015, avec des écrivains de moins de 9 ans dans les registres... 

 

La répartition homme/femme pour les auteurs publiés, selon la BnF, reste assez proche des différentes études publiées sur le sujet. La répartition est de 2/3 pour 1/3, soit 63,5 % d'hommes pour 36,5 % de femmes. « Des écarts assez forts apparaissent lorsque que l’on s’intéresse au détail des fonctions des auteurs ou des genres publiés », comme l'indique le tableau ci-dessous.

 

 

À la lecture de ce tableau, on constatera rapidement que les femmes souffrent, dans l'édition, des mêmes problèmes que dans les médias : en décembre 2015, le collectif de femmes journalistes « Prenons la une » signalait qu'en 2015, « les femmes ne représentent que 24 % des personnes dont il est question dans les nouvelles (presse, radio et télévision) dans le monde », ainsi qu'en France. Un chiffre à mettre en lien avec les interventions des femmes dans les médias, très limitées. Le collectif prenait ainsi appui sur des exemples comme une catastrophe aérienne ou l'état d'urgence instauré depuis le 13 novembre 2015.

 

Dans les deux cas, les femmes étaient d'emblée écartées, car jugées « inaptes », sur des critères purement subjectifs, à s'exprimer sur de tels sujets. On trouve les mêmes résistances, dans l'édition, pour confier des préfaces et des postfaces aux auteures. Ce qui n'est pas sans lien, évidemment, avec l'absence de femmes « spécialistes » pour intervenir dans les médias.

 

Une étude par discipline et genre de documents témoigne des mêmes déséquilibres : « le domaine jeunesse est plus féminisé (63 %), à la différence de la bande dessinée (21 %) et des sciences et techniques (20 %) ». 

 

Les auteurs du domaine public et les auteurs les plus étudiés

 

Les éditions ou rééditions d'oeuvres du domaine public sont légion : « Ces trois dernières années, 7873 mentions d’auteurs morts avant 1940 ont été liées à des éditions récentes », souligne la BnF. 

 

Parmi les auteurs du domaine public les plus publiés, on peut citer en poésie La Fontaine (41 livres), Apollinaire (28), Baudelaire (18), Rimbaud (15), en pièces de théâtre Molière (90), Shakespeare (44), Racine (23) et en fiction romanesque Maupassant (66), Zola (49), Balzac (40), Dumas (34), Sand (33). Les auteurs les plus publiés pour la jeunesse sont les frères Grimm (91), Perrault (62) et Andersen (54).

 

À cette liste, la BnF ajoute les mémoires et correspondances, la religion, la géographie et l'histoire de France, la philosophie ou encore les sciences sociales et politiques parmi les genres les plus plébiscités au sein des oeuvres du domaine public.

 

Au sein du top 100 des auteurs les plus actifs entre 2013 et 2015, on trouve 32 femmes pour 68 hommes, et essentiellement des directeurs d'étude, de manuels ou d'ouvrage pratiques comme Pierre Josse, Jean-Paul Labourdette, Dominique Auzias ou Laurence Brunel. Ils sont suivis par René Goscinny, en 5e position, qui se classe grâce à son oeuvre riche et souvent rééditée.

 

Les auteurs de BD sont nombreux (Morris, Arleston, Christophe Cazenove, Franquin, Corbeyran, Van Hamme, Jacques Martin, Jodorowsky, Tibet, Zep, Hergé, Desberg...), mais aussi les auteurs jeunesse (Marie Aubinais et Danièle Bour, Gilbert Delahaye et Marcel Marlier, Enid Blyton, Pakita, Colonel Moutarde, Geronimo Stilton, des illustratrices telle Marion Billet, etc.).

 

Nora Roberts, Danielle Steel, James Patterson, Philip K. Dick en littérature anglo-saxonne et Christian Jacq, Françoise Bourdin, Georges Simenon et San Antonio font eux aussi partie de cette liste des auteurs les plus « actifs ».

 

Avec l'essor de l'autopublication, le top des auteurs les plus actifs est quelque peu chamboulé : la BnF signale ainsi 108 livres déposés pour un même auteur en 3 ans. Des titres jeunesse, que cet auteur indépendant a choisi de publier simultanément en plusieurs langues. Un autre en a déposé 70, des « recueils de citations consacrés aux mal-aimés ou aux mal connus de l'histoire », quand une troisième comptabilise 240 dépôts entre 2013 et 2015.