L'auteure Asli Erdogan détenue dans une prison pour femmes d'Istanbul

Cécile Mazin - 22.08.2016

Edition - International - Asli Erdogan Turquie - Erdogan censure politique - éditeurs coup Etat


La semaine passée, l’arrestation de l’écrivaine Asli Erdogan a marqué les esprits : auteure critique du régime turc, elle avait été interpellée à son domicile. La maison d’édition Actes Sud vient d’apporter quelques nouvelles sur sa situation, qui n’est pas des plus réjouissantes. Elle est actuellement incarcérée dans un établissement pour femmes, et l’on ignore tout des conditions de détention. 

 

Asli Erdogan - Facebook

 

 

Voici le message que les éditions Actes Sud ont communiqué : 

 

 

Asli Erdogan, l’une des voix les plus importantes de la littérature turque contemporaine, a été arrêtée à son domicile dans la nuit du 16 au 17 août. Romancière et nouvelliste, Asli Erdogan (dont le patronyme, courant en Turquie, n’a pas de lien avec le président du pays) est également une intellectuelle engagée, membre de la rédaction de Özgün Güden, un quotidien soutenant les revendications des Kurdes, et dont la 8e cour criminelle d’Istanbul a ordonné le 16 août, la fermeture et l’arrestation de ses collaborateurs.

 

Mise en garde à vue au Bureau de lutte contre le terrorisme de la Sécurité turque, puis transférée à l’hôpital, certainement à la suite d’un malaise, Asli Erdogan a été déférée au tribunal le 19 août sur la base de trois chefs d’accusation : « propagande en faveur d’une organisation terroriste », « appartenance à une organisation terroriste », « incitation au désordre ».

 

À ce jour, Asli Erdogan a quitté la garde à vue et a été placée en détention dans la prison stambouliote pour femmes, Barkirköy.

 

« En ce qui concerne les écrivains, on s’interroge encore plus : pourquoi s’en prendre à ces voix sincères et talentueuses qui font honneur à la culture turque d’aujourd’hui ? Cela ne rapportera rien, c’est un mauvais calcul et une publicité désastreuse pour un pays qui se plaint toujours de souffrir d’une image négative. Et puis, méfiez-vous des femmes fragiles ! Asli Erdogan ne l’est qu’en apparence et ce n’est pas demain qu’elle cessera de porter un regard critique sur le monde », explique Timour Muhidine, enseignant à l’INALCO, directeur de la collection « Lettres turques » chez Actes Sud, extrait d’un article paru dans Le Monde diplomatique, le 19 août 2016.

 

A retrouver : Arrestation d’Asli Erdogan, « une chasse aux sorcières »

 

 

Asli Erdogan, née en 1967, vit à Istanbul où elle intervient dans le champ politique, notamment pour défendre les droits de l’homme. Physicienne de formation, elle a travaillé au Centre européen de recherches nucléaires de Genève. Elle a vécu et travaillé deux ans à Rio de Janeiro.

 

Actes Sud a publié La Ville dont la cape est rouge (2003), Le Mandarin miraculeux (2006), Les Oiseaux de bois (2009) et Le Bâtiment de pierre (2013).

 

Le recueil Je t’interpelle dans la nuit (en version bilingue turc-français) est quant à lui publié aux Editions de la MEET (Saint-Nazaire) en 2009. Lauréate de nombreux prix, elle est également traduite en anglais, allemand, italien et suédois, norvégien et arabe et incarne le rayonnement de la nouvelle littérature turque, celle de la génération d’après Orhan Pamuk. Elle figure aux côtés de cinq autres auteurs dont Yachar Kemal et Orhan Pamuk, dans un documentaire tourné par Osman Okkan pour ARTE. 

 

 

La semaine passée, l'association des éditeurs de Turquie, Türkiye yayıncılar birliği, a attiré une fois de plus l’attention de chacun, suite aux représailles du gouvernement post-Coup d'Etat. « Il est extrêmement préoccupant en terme de liberté de publication d’assister à ces arrestations, ces détentions, des raids et des saisies dans les maisons d’édition », expliquent-ils. « Nous exhortons le gouvernement à agir en conformité avec les droits et les libertés fondamentales de toutes les personnes. »

 

Une pétition a été lancée voilà quelques jours, peu après la diffusion de cette information, réclamant la libération de l’auteure. Avec 14 669 signatures déjà recueillies, elle dénonce l’arrestation policière abusive « de l’une des romancières les plus remarquables au monde ». La pétition exige « la libération de toute urgence » d’Asli Erdogan, et réclame que la Turquie puisse enfin parvenir à « vivre dans une société meilleure, plus démocratique et civilisée ». Et si possible, que l’on se mette à œuvre véritablement et globalement, à la promotion de la littérature turque.

 

 

Plus d'information sur la censure d'Erdogan et le coup d'Etat en Turquie