L’auteure de la nouvelle la plus lue de 2017 signe un contrat à 7 chiffres

Laure Besnier - 21.12.2017

Edition - Société - Kristen Roupenian - Cat Person - Histoire consentement


Kristen Roupenian, l’auteure de Cat Person, la fiction la plus lue ce mois-ci sur The New Yorker - devenue virale tant elle provoque des débats autour du consentement, de la « drague moderne » et des questions de genre - vient de signer deux livres chez Scout Press, une filiale de la maison d'édition américaine Simon & Schuster. Une bonne affaire pour la romancière, qui semble tourner autour de 7 chiffres. 

 

Photograpie d'Elinor Carucci pour la nouvelle dans The New Yorker


 

Selon l'Associated Press, Kristen Roupenian a pu signer deux livres chez Scout Press, pour un premier recueil de nouvelles, You Know You Want This (en français, on pourrait dire « Tu sais que c'est ce que tu veux »), prévue pour le printemps 2019. Selon la maison d'édition, le recueil explorera « les connexions complexes — et souvent sombres et drôles — entre les genres, le sexe, et le pouvoir, à travers les genres ».

Scout Press n'a pas voulu divulguer les détails de l'accord financier, mais a indiqué que les enchères ont atteint le million de dollars. De même, la semaine dernière, au Royaume-Uni, les droits ont été obtenus par les éditions Jonathan Cape.

Ce n'est pas réellement une surprise pour l'auteure de la nouvelle la plus lue sur The New Yorker en 2017. L'histoire, nommée, Cat Person a été publiée par le magazine américain le 11 décembre 2017. La dernière nouvelle à avoir eu autant de succès était Brokeback Mountain d’Annie Proulx, publié par le journal en 1997, rapporte l'Associated Press.

 

De fait, la nouvelle est troublante : Margot, une jeune étudiante de vingt ans, travaille dans un cinéma d’art et d’essai où elle rencontre Robert, un client. Elle flirte avec lui par SMS pendant plusieurs semaines. Après une soirée ratée au cinéma, et quelques verres, un peu éméchée, elle lui propose d’aller boire un dernier verre chez lui. Or, une fois arrivée chez Robert, ce dernier se déshabille et le désir de la jeune femme retombe. Elle trouve plus aisé de subir le rapport sexuel que de lui dire. 

 

En voici le passage le plus emblématique : « Le regardant comme ça, penché maladroitement, avec son ventre épais et mou et couvert de poils, Margot a un mouvement de recul. Elle réfléchit à ce qu’il faudrait qu’elle fasse pour mettre un terme à ce qu’elle a initié, et elle est accablée. Il lui faudrait énormément de tact et de délicatesse, et cela lui semble impossible. Ce n’était pas qu’elle avait peur qu’il essaye de la forcer, mais plutôt que si elle insistait qu’ils arrêtent, après tout ce qu’elle avait fait pour en arriver là, elle donnerait l’impression d'être pourrie gâtée et capricieuse. Comme si elle avait commandé quelque chose au restaurant et qu'une fois le plat arrivé, elle avait changé d'avis et renvoyé la nourriture. »

 

C’est ce passage qui, entre autres, a cristallisé de nombreuses réactions sur Twitter et dans la presse américaine. Dans un contexte de libération de la parole et de réflexion, initiée par le hashtag #metoo, la nouvelle a entraîné de nombreux débats autour de la question du consentement. À qui est-ce la faute ? Robert ou Margot ? Le sexisme ambiant dans la société conditionne-t-il les femmes à dire oui ?

Dans une interview donnée au New Yorker, Kristen Roupenian explique : « Ça correspond à la façon dont de nombreuses femmes, surtout de jeunes femmes, évoluent dans le monde : elles essayent de ne pas énerver les gens, elles se sentent responsables des émotions des autres, elles font beaucoup d'efforts pour que tout le monde autour d'elles soit content. »


L'auteure a par ailleurs précisé que cette nouvelle a été inspirée par « une futile, mais pénible rencontre » avec une personne qu'elle a connue en ligne.

 

Mise à jour 03/01/2018 à 10h15

 

La vente aux enchères pour les droits de publication du livre de Cat Person aurait dépassé le million de dollars aux États-Unis.