L'auteure Faïza Guène lutte pour empêcher l'expulsion de son fiancé

Nicolas Gary - 04.11.2016

Edition - Société - Faiza Guene migration - arrestation sans papier - mariage justice déportation


Écrivaine française d’origine algérienne, Faïza Guène avait conquis la France avec Kiffe Kiffe demain, paru en 2004 – l’une des meilleures ventes de cette année. La romancière doit lutter pour une tout autre cause aujourd’hui : son fiancé et futur mari est détenu depuis 30 jours au centre de Mesnil-Amélot, avec la menace d’être expulsé vers l’Algérie dans les prochains jours.

 

Faïza Guène - crédits Christine Tamalet

 

 

Fayçal, fiancé de Faïza, avait quitté l’Algérie voilà neuf années, pour rejoindre son frère : en France, il espérait pouvoir trouver un emploi, mais en tant qu’employé non qualifié, les chances d’obtenir un permis de travail étaient minces. L’hypocrisie contemporaine consiste alors à trouver des employés qui travaillent au noir, sans être déclarés – et des personnes comme Fayçal deviennent alors très prisées. 

 

C’est toute cette schizophrénie dont parle Faïza dans ses textes : la seconde génération de migrants d’Algérie avec un pied en Afrique et un autre en France. Et des personnes comme Fayçal se construisent alors une vie jusqu’à en oublier qu’ils ne vivent pas officiellement dans le pays – en oubliant que la justice pourrait les trouver, et mettre fin à leur existence. 

 

C’est pourtant ce qui vient de se passer pour Fayçal. La même situation ou presque. 

 

Du mariage promis au cauchemar de la garde à vue

 

« Notre mariage devait avoir lieu le 1er octobre, et il a été contrôlé le 28 septembre. Deux jours avant. Deux jours à peine. Le destin. Vraiment, je ne vois pas autre chose. J’aurais pu dire l’ironie, mais ce n’est pas tout à fait ça, car la vraie ironie c’est que devant les policiers du commissariat de Saint Denis, en garde à vue, il a parlé de ce bonheur à venir, de cette date, de ce mariage qui se préparait. Il a dit ça parce qu’il était sûr que ça aiderait », raconte Faïza Guène, dans un texte intitulé Le bruit des avions. (trad. Sarah Ardizzone)

 

L’ironie de la situation est qu’au cours de l’été, Faïza et Sarah Ardizzone, sa traductrice en anglais, avaient assisté au cours de l’Edinburgh International Book Festival, à la représentation d’une pièce adaptée de la BD de Barroux et Bessora, Alpha — Abidjan-Gare du Nord. Une œuvre qui raconte, précisément le voyage fictif d’un migrant, parti pour rejoindre la France sans visa. (Ed. Gallimard) « Nous étions loin d’imaginer que l’expulsion serait le destin qui attendait son fiancé », explique la traductrice.

 

C’est en effet lors d’un contrôle de véhicule que l’homme s’est trouvé face aux forces de police, sans carte de séjour. « Il a tenté de se défendre en évoquant son mariage, mais cela n’a pas empêché la garde à vue », nous précise Sarah Ardizzone. « Si l’on avait alors pu faire intervenir un avocat, il est possible que la situation se soit réglée plus rapidement, mais désormais, tout cela est devenu beaucoup plus compliqué. »

 

Le fiancé doit passer devant le juger Tony Skurtys, dont Le Canard enchaîné affirme qu’il « refuse les mises en liberté, même quand nous apportons les preuves de fautes de procédure », expliquent des avocats de sans-papiers. La position de Fayçal sera désormais très complexe, alors que le juge affiche un score de 100 % d'expulsion du territoire.

 

De fait, et malgré le dossier administratif que la romancière a présenté, le juge a refusé les différentes pièces. « Tout disait qu’ils vivaient ensemble, qu’il était le père de sa fille, mais le juge a considéré que leur union était plus probablement un mariage blanc, et donc rejeté la demande. » Accompagnée par son éditeur, Fayard, l’auteure n’a plus d’autres recours aujourd’hui que d’alerter la presse. 

 

« Elle a tenté d’entrer en contact avec la préfecture de Paris, sans rien faire non plus qui aggrave la situation. » Mais les faits sont désormais là.

 

Une bureaucratie injuste

 

Rebecca Carter, agent littéraire de Faïza pour le Royaume-Uni, jointe par téléphone, nous explique : « Cette situation est d’autant plus absurde et ironique que Faïza a énormément travaillé avec l’English Pen, et animé de nombreux ateliers avec des migrantes, en Angleterre. Nous tentons d’alerter les médias ici, et restons vigilants, avec l’espoir que quelqu’un comprenne que nous sommes devant le cas d’une bureaucratie injuste. »

 

« Le succès de Faïza à l’international montre qu’elle a défié les statistiques présentant une jeunesse troublée dans les banlieues parisiennes. Et à présent, elle en sait plus qu’elle ne le souhaiterait sur la survie dans le monde et la manière de s’immiscer dans les fissures de la reconnaissance officielle », poursuit sa traductrice.

 

En Angleterre, Faïza a publié trois romans chez Definitions, filiale de Random House. En France, elle a fait paraître son dernier roman chez Fayard.