L’autocensure sévit au Bangladesh et inquiète Taslima Nasreen

Elodie Pinguet - 15.12.2016

Edition - International - Taslima Nasreen - autocensure écrivains - islamisme Bangladesh


Pour faire face aux représailles en vigueur dans leur pays, les écrivains du Bangladesh sont de plus en plus nombreux à s’autocensurer. Pour l’auteure Taslima Nasreen, c’est certainement la forme de censure la plus extrême qui peut exister.

 

Arnfinn Pettersen, CC BY NC SA 2.0

 

 

Au Bangladesh, la menace djihadiste plane sur la liberté d’expression et les attaques contre les écrivains, les blogueurs et les chefs religieux minoritaires se multiplient. De plus en plus, ils pratiquent l’autocensure pour éviter des représailles souvent mortelles.

 

L’auteure Taslima Nasreen s’inquiète de cette situation : « Dans notre partie du monde, nous avons des problèmes concernant la liberté d’expression. Beaucoup de gens ne parlent pas de ce qu’ils veulent. Et la plupart des écrivains au Bangladesh s’autocensurent. Sinon ils seront menacés de mort. Mais pour moi, c’est la pire forme de censure. » Il y a quelques semaines, elle faisait également part du jeune âge des bourreaux, qui montrait une transmission des valeurs de haine entre les générations.

 

Exilée de son pays depuis 1994 pour avoir mis en colère les fondamentalistes islamiques, elle est passée de pays en pays et se trouve maintenant à New Delhi. Elle est constamment surveillée, car sa tête est mise à prix, mais elle garde ses positions dans la défense de la liberté d’expression ou encore du droit des femmes : « Mes sentiments sont offensés par les menaces de mort que je reçois des fondamentalistes islamiques, mais cela ne signifie pas que je veux tuer des gens pour cela. J’ai un mécanisme intégré pour y faire face. Les fondamentalistes sont si faibles qu’ils ne peuvent tolérer ce que je dis. »

 

Elle a décrit son exil dans son livre Nirbasan (Exil). C’est un de ses premiers romans, Lajja, qui a conduit à son exil. Selon elle, c’est le monde entier qui devient dangereux pour les écrivains : « Quand les écrivains comme moi sont attaqués ici, nous allons en Europe. Maintenant même les Européens commencent à avoir des problèmes », rapporte Press Trust of India.

 

La seule façon de changer la société serait donc de « combattre la misogynie et le fondamentalisme religieux ». En attendant, la liberté d’expression risque de continuer de décliner peu à peu au Bangladesh.

 

 


 

 

En octobre 2015, le Bangladesh subissait une vague d'attaques contre la liberté d'expression avec plusieurs attentats dirigés contre des écrivains, des éditeurs et des libres penseurs, en quelques jours. Deux éditeurs et deux auteurs avaient été visés, et l'un d'eux, Faisal Arefin Dipan, avait succombé à ses blessures.