L'autodafé moderne : pourquoi détruire des boîtes à livres ?

Victor De Sepausy - 29.11.2019

Edition - Société - destruction boite livres - Rouen incendie livres - autodafé livres


Elles poussent dans les agglomérations, elles se propagent avec bienveillance : leur seul tort ? Offrir un espace pour partager des lectures, entre habitants, voisins, citoyens. La boite à livres de quartier est plus inoffensive encore qu’un papillon. Alors pour y mettre le feu, faut-il avoir vraiment l’esprit tordu ?


 

L’affaire est survenue non loin de Rouen, dans la commune de Manoir-sur-Seine — 1226 habitants recensés en 2015. Autrement dit, tout le monde se connait. Ce 26 novembre, de nuit, la boîte à livres installée devant la mairie, dans un abribus, a été saccagée : un incendie que les pompiers ont mis près d’une demi-heure à maîtriser, jusqu’à 1 h 30 le matin. 

L’enquête est ouverte par la gendarmerie, d’autant que l’abribus a partiellement fondu — mais surtout, le danger aurait pu être plus important. À proximité, se trouve une borne de gaz, informe La Dépêche de Louviers.  
 


La boîte à livres avait été installée là parce que tout près se trouve l’école primaire du village : un autodafé, ni plus ni moins, que personne ne s’explique pour le moment. Dégradation, intention de nuire : qu’importe, ce sont des livres qui sont partis en fumée, considérant donc qu’il n’est pas si grave que cela d’y mettre le feu. 
 
Cette nouvelle intervient après que, quelques jours plus tôt, une autre boite à livres a été détruite, comme le signalait le maire adjoint du Creusot, Jérémy Pinto, photo à l’appui. Manifestement toujours dans un incendie, survenu à quelques 500 km de Manoir-en-Seine, à en observer les traces de cendres…
 
 


« Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler des hommes », disait Heinrich Heine.


Dossier - Partage et lecture : Les boîtes à livres s'implantent dans les villes
 


Commentaires
Il faut savoir que les plus gros tirages sont aussi les plus pilonnés. Si chacun des 10 000 points de vente renvoie les derniers exemplaires invendus d'un best-seller, ça fait vite plusieurs dizaines de milliers d'un titre que tout le monde a lu. Ces mêmes titres ne se vendent plus ensuite, même sur les vide-greniers et encombrent les boites à livres gratuits. Dsisons donc oui au pilon, et sauvons des arbres! Les petits éditeurs ne sont pas concernés par ce problème...
Il n'y a pas de bons choix : sinon je pense les professionnels auraient trouvés la parade ! Moi-même, à la retraite, je mets mes livres dans les fameuses boîtes (car chez moi j'en ai des milliers et je n'ai plus de place) mais en tant que professionnelle de lecture publique la mise au pilon faisait partie du "job". Les éditeurs publient quant à eux selon les ventes envisagées et les stocks pèsent lourds dans une comptabilité.

Je ne sais pas si les écologues pourront nous donner une réponse pour empêcher d'abattre des arbres pour faire du papier ? Quant à ceux qui brûlent les boites se sont justes des "vauriens".
Il y a peu, deux bergeries ont été brûlées, par haine de ceux qui alimentent notre corps. Brûler des livres c'est saccager la nourriture de notre esprit. Face à cela, "entre deux maux il faut choisir..." quoi?
Je remarque ceci : il n'existe pas de boîtes à CD, de boîtes à DVD, car ceux-ci gardent tout au long de leur vie une valeur marchande.

Je m'interroge sur la gratuité systématique pour les livres lus. Bien sûr donner à partager ses lectures part d'un bon sentiment, mais tous ceux et toutes celles qui ont œuvré à sa fabrication ne compteraient-ils pour rien ? Non seulement ces fabricants sont souvent peu rémunérés pour le travail effectué, mais ils doivent en plus subir le spectacle d'une dévalorisation permanente de celui-ci.

J'entends en creux : "Vos livres ne valent rien puisqu'on les donne, et qu'on les brûle."
Le "don" correspond à une valeur, celle d'"usage" opposée à la valeur "marchande" par les Economistes. Et je retiens votre idée de boîte à CD ou à DVD. Par ailleurs, les médiathèques -je l'ai appris depuis peu- disposent de réparateurs de livres. C'est ainsi que j'ai dû attendre la restauration d'un xème roman d'un écrivain méconnu. Petite lueur de reconnaissance du travail de fabrication du livre...
Brûler des livres ! Quelle malheur quand on pense à tous ceux qui ne peuvent en avoir ! Je doute fort que quelques livres dans une boîte en service libre fasse du tort à la vente de milliers de livres. Ou aux minimes droits d'auteurs des auteurs et des écrivains...

Bien sûr que mettre les livres au pilon c'est une catastrophe et entre nous, devinez pourquoi certains font de si gros tirages tout en sachant bien qu'ils ne les vendront pas tous... A quand l'autodafé du profit à n'importe quel prix ? Pour la planète, pour la culture et pour le livre !!!



C'est terrible ces autodafés me rappellent... vous aurez deviné quoi ? ! J'en tremble en écrivant... Dans le fond c'est logique avec la montée de extrémismes de tous les bords politiques, religieux, etc.



Jusqu'où allons-nous dégringoler ? 20 000 lieux sous les mers...
Misère. Vous allez tous très, très loin. J'en ai cramé des trucs idiots, quand j'avais 13 ans et que je m'ennuyais dans le profond désespoir de mon village natal. Et pourtant, j'en lisais, des livres. "La montée des extrêmes", non mais sérieusement... Vous êtes tous très prompts à crier à l'autodafé, là où on ne devrait voir qu'une manifestation d'ennui et de tentative de divertissement de la part d'un probable trio d'adolescents de la classe moyenne. Demandez-vous plutôt pourquoi on punit les brûleurs de distributeurs de billets ou de McDonald's, et pourquoi il est moins grave et moins condamnable de pourfendre d'innocentes boîtes à livres ? Sortez la tête de votre conservatisme et essayez de réfléchir en 2019, pas en 1932.
Cher Thomas... Pour le conservatisme vous tombez vraiment mal... On ne peut pas plus mal…

De plus je ne crois pas que votre exemple soit à suivre... Quelle tristesse d’en arriver à « cramer des trucs idiots, quand on a13 ans et qu’on s’ennuie ! »

Evidemment, nous les vieux nous n'avons pas le même regard... et nous ne nous ennuyions jamais dans notre village. Pourtant nous n’avions aucun écran à nous mettre sous les yeux…

Maintenant, c’est sûr que s’il ne s‘agit « que » de divertissements… on a les divertissements qu’’on mérite ! Je vous invite à vous rendre sur :

https://1000-idees-de-culture-generale.fr/divertissement-pascal/

« Le divertissement est une dimension fondamentale de la vie. […] comme le moyen, pour l’homme, d’esquiver la solitude qui le renverrait à sa condition misérable. Un roi lui-même a besoin de se divertir, grâce à l’agitation de sa cour, pour oublier qu’il est paradoxalement le plus malheureux des hommes. ». Vous pouvez lire aussi « Un Roi sans divertissement » de Giono.

Je vous épargne toutes les barberies commises par des malheureux à court d’idées pour se… divertir !

Quant aux « adolescents de la classe moyenne », pour info, je vous signale que le système des classes est censé avoir disparu depuis la Révolution …

Désolée… je n’étais pas née en 1932, mais d’après ce que j’ai lu dans les livres, les enfants ne s’ennuyaient pas, certains travaillaient à la mine ou à la terre. Quand elle avait 14 ans, ma maman était bonne à tout faire ; d’autres allaient à l’école, tous étaient respectueux de gens et des matériels. Notamment parce qu’ils connaissaient le prix des choses et la valeur des acquis…

Quelques années plus tard, beaucoup ont « cramé » comme vous dites à cause de l’intolérance…

Et pour ceux dont la vie est tellement vide qu’ils la trouvent ennuyeuse ils peuvent toujours se rendre utiles… justement demain c’est la journée du don et du bénévolat…

Cela dit, si vous avez cette réaction, je suppose que c’est par rapport à votre expérience. Elle est donc respectable. Dommage que vous n’ayez pas plutôt relevé le gaspillage écologique et les montages financiers causes de la surproduction de livres parce que ça revient moins cher à l’unité d’imprimer 10 000 livres au lieu de 1000… quand bien même on en jetterait plusieurs milliers.

Parce que je ne confonds jamais la personne et son comportement, je vous souhaite un avenir plus joyeux…
Ces "autodafeurs" venaient peut-être de lire le conte "Les livres" (Leili Anvar, Contes des sages persans, Paris, Seuil, 2019, p. 14-17).

À un vieillard qui suppliait que ses livres, son trésor, fussent épargnés, Gengis Khan déclara (je cite) : " Ô vieillard, de deux choses l'une : ou tu as lu ces livre et tu en as retenu les leçons, auquel cas tu n'en as plus besoin car tu portes ton trésor en toi ; ou bien tu les as possédés sans les lire vraiment, auquel cas ton trésor, comme tu dis, ne t'aura été d'aucune utilité. Dans les deux cas, il ne mérite que le feu." [...] "Brûlez tout et épargnez l'homme ! Et que cela lui serve de leçon !"
Bonjour Thomas,



La participation de tant de monde dans le débat me ravit!

Car je n'habite pas en Europe, j'ai très peu l'occasion d'écouter le français et moins encore de le parler. (J'en arrive à craindre pour ma langue maternelle; je perds mes mots: c'est très douloureux). Heureusement, il y a TV5 Monde et tous ces livres en français que, pieusement, presque chaque année, je viens acheter à Paris!!! Veinards, vous les privilégiés! A votre portée, toutes ces librairies, ces montagnes de bouquins : tous les genres, toutes les ramifications du savoir. Un luxe, une bénédiction! Vous saisissez que j'aime les livres…et que, sans eux, parfois je m'ennuie.



Oui, Thomas, l'ennui nous guette, tous, à certains moments. N'est-il pas le témoin discret d'un manque? D'un objet, une personne, un "quoi faire aujourd'hui", un sens à donner à sa vie. Mais aussi celui de la répétition d'événements, de circonstances ou d'activités qui nous déplaisent, maltraitent, ne nous permettent pas vraiment d'être pleinement.

La destruction est-elle un moyen de se désennuyer? Détruire est-t-elle une solution au malaise? L'objet détruit en était-il la cause? Ou celle-ci n'est-elle pas tout simplement ancrée en nous? Souvent, une destruction en appelle d'autres…



Il vaut mieux oser la construction de quelque chose pour punir l'ennui. On a tous de l'imagination, une certaine audace, de l'énergie avec des restes d'espoir ou de rêves à l'appui. Et c'est encore plus amusant quand on s'y met ensemble!



S'il fallait cramer tout ce qui est idiot en ce monde, on y passerait des années. Je préfère ne pas énumérer les possibles victimes. Mais, s'il vous plait, n'incluez pas les livres dans la liste.



Cordialement

Jujube
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