L'autoédition 'menace la perception de la légitimité, de l'utilité' de l'éditeur

Nicolas Gary - 26.09.2014

Edition - International - Québec éditeur - présidente ANEL - autopublication menace


Nicole Saint-Jean, présidente de l'Association Nationale des Éditeurs de Livres (Québec), a publié un billet qui faisait suite à l'Assemblée générale annuelle de l'ANEL. L'Association poursuivra donc son engagement dans la défense des éditeurs, face aux « grands changements qui déstabilisent le monde du livre, car ils se produisent à une vitesse vertigineuse et proviennent de tous les côtés à la fois ». 

 

 

 

Et de souligner plusieurs points essentiels, notamment sur la relation aux lecteurs, qui diminuent en nombre « en raison de la concurrence accrue provenant des autres médias ou supports de divertissement ». Elle évoque l'envie peut-être moindre de lire, mais surtout le temps consacré à cette activité, en diminution. Et puis, écho à l'actualité, la baisse des revenus, du fait de « pressions provenant de nos revendeurs », ou, plus prosaïquement, par la fermeture de points de vente. 

 

Ainsi, c'est le modèle économique qui est interrogé, avec la nécessité d'en expérimenter de nouveaux, « notamment dans le numérique ». Ces technologies, qui s'intègrent progressivement dans le secteur, impliquent de « réinventer nos façons de communiquer avec notre lectorat, nécessitant des ressources financières et humaines supplémentaires ou complémentaires ». Quant au livre numérique lui-même, depuis « la création, jusqu'à la commercialisation », il apporte son lot d'inquiétudes.

 

Ainsi, « cette technologie favorise l'éclosion d'une industrie de l'autoédition qui menace la perception de notre légitimité ou de notre utilité, et qui touche la nature même de notre profession d'éditeur. Il est plus que temps de travailler activement à la valorisation du métier d'éditeur ». Autoédition, autopublication, des solutions qui semblent converger vers les acteurs américains, comme Amazon et son modèle Kindle Direct Publishing, qui peut séduire les auteurs, avec les 70 % de droits reversés sur les ventes.

 

Miroir aux alouettes, solution de salut pour ceux qui vivent de leur plume, outil encore mal maîtrisé et par lequel peuvent émerger de nouveaux talents, passés inaperçus ? Toutes les hypothèses peuvent se défendre selon les points de vue que l'on aborde.

 

Du reste, la présidente insiste sur la nécessité de travailler plus étroitement avec les partenaires de la chaîne du livre québécoise : défendre le livre produit par les éditeurs québécois, certes, mais pas sans le soutien gouvernemental. « Nous travaillerons d'arrache-pied pour récupérer, si ce n'est que pour protéger, le soutien financier qui est menacé par le gouvernement provincial. Sans négliger, bien sûr, tous les changements législatifs qui sont survenus au cours des dernières années, notamment sur le front du droit d'auteur, et ceux qui se pointent à l'horizon du côté de Québec. »

 

La priorité est clairement établie : « L'importance de la promotion de nos livres et de la lecture, autant au Canada qu'à l'étranger. » Et à ce titre, les défis ne manquent certainement pas. On s'interrogera certainement sur le fait que des éditeurs parlent toutefois si peu... des auteurs. Et le recours à l'autopublication s'expliquera peut-être bien par cette absence.