L'autoédition : un défi qui ne profite pas toujours

Clément Solym - 09.10.2012

Edition - Economie - autoédition - plate-forme - ebook


La technologie numérique a fait tomber de nombreuses barrières dans le monde de l'édition, du côté des auteurs comme des éditeurs. Les ebooks et les nouveaux outils de publication en ligne offrent des moyens relativement simples et peu coûteux pour s'autoéditer. Le monde d'Internet fournit une excellente plate-forme virtuelle grâce à laquelle il est permis de capter l'attention d'un public large, voire international, et de pointer parfois dans l'œil des agents littéraires.

 

 

 Du numérique plein les poches

 

Le numérique, une technologie séduisante

 

Le numérique est une technologie qui profite, on l'aura compris, aux auteurs comme aux éditeurs. Pour Martyn Forrester, directrice générale d'Apostrophe Livres, cela « nous permet de publier ce que nous aimons, sans avoir les contraintes commerciales d'un éditeur d'impression. Pour les deux dernières années, les grands éditeurs ont été pris dans une tempête de frais généraux élevés et de ventes en baisse ». En même temps, cela permet aux éditeurs de mettre l'accent sur la publication de nouveaux auteurs et de donner une nouvelle vie aux livres déjà publiés.

 

En ce qui concerne l'autoédition, ou l'édition à compte d'auteur traditionnelle (avec impression), celle-ci est désormais vue comme déclassée. La distribution qui se réduit au volume du coffre de l'auteur, et la communication, au bouche à oreille, ne séduisent plus vraiment. Même l'option du compte d'auteur auprès d'une maison d'édition qui offre ses services (minimum) moyennant finances se fait bouder par certains écrivains qui ont décidé de passer à l'ère numérique. Car, avec internet et les disponibilités des plate-formes numériques, les choses changent. Mais est-ce si évident ?

 

Il y a de nombreux endroits pour vendre ses ebook en ligne. Et même les plus gros éditeurs sont entrés dans le jeu, par le biais de leur propre société ou en achetant des start-ups. Pour l'exemple, en juillet 2012, Pearson a acheté Solutions Auteur pour 116 millions de dollars. L'autoédition semble ouvrir des portes fructueuses… mais pour qui, véritablement ?

 

Des plate-formes numériques qui "aident" les auteurs

 

Car pour diffuser un ebook, l'auteur a besoin de reformater son livre pour presque chaque autre site Web qui l'accueillera. Et bien souvent, les auteurs n'ont pas toutes les connaissances ni le temps de mettre en place un processus qui permettent d'adapter les différents formats d'ebooks. Heureusement, et évidemment, des entreprises ont eu l'idée de fournir tout le travail pour les écrivains, en offrant des maquettes préétablies, en proposant de transférer directement l'ebook vers les différents points de vente et, dans certains cas, de vendre l'ebook. Mais n'oublions pas, qu'une des plus grandes clés du succès de l'édition de livres restent la publicité.

 

Parmi les sociétés existantes, Lulu Enterprises, fondée en 2002, est considérée comme l'une des toutes premières sociétés d'autoédition. Aujourd'hui, elle vend comme beaucoup une variété de services, mais il est encore possible de publier sur son site gratuitement. La société prend une redevance de 20% sur les livres vendus, et c'est l'auteur qui fixe le prix initial. Dans une autre mesure, Kobo a récemment mis en ligne Writing Life, qui permet de publier et de vendre par l'intermédiaire de son site quasi gratuitement. Néanmoins, le service complet de publication et d'autres menus services sont payants. Ce que propose Kobo, c'est de formater chaque ebook et de le vendre sur son site et sur les e-readers. Kobo a même créé pour l'occasion quelques caractéristiques uniques disponibles sur sa plate-forme, comme le Author Notes Program, qui autorise un dialogue entre les lecteurs et l'auteur sur les pages mêmes des ebooks.

 

Un véritable défi

 

Tout ceci peut sembler facilement accessible, certes, mais le choix de faire cavalier seul est un véritable défi qu'il ne faut pas ignorer. S'il peut être un avantage de s'autoéditer, connaître le monde dans lequel le livre évolue est nécessaire pour une diffusion minimale. Comme le signalait Arnaud Nourry aux Echos : « L'auto-édition a toujours existé : ça s'appelle l'édition à compte d'auteur. Le numérique permet simplement d'en réduire les coûts. Tout le monde peut publier ce qu'il veut, on a toujours vécu avec ça. […] Il y aura toujours des exemples de succès autoédités, après avoir été refusés par des éditeurs. Mais c'est oublier les millions de textes mis en ligne qui ne servent à rien ».

 

Ce qu'apportent les plate-formes numériques, c'est aussi un nouveau réseau d'auteurs, qui décident d'eux-mêmes de ne plus passer par les services éditoriaux traditionnels, pour des raisons multiples, sans même avoir présenté leur manuscrit. Et bien que la majorité des auteurs d'ebooks autoédités ne font pas beaucoup d'argent (The Guardian a rapporté en mai que la moitié des auteurs autoédités ont fait une recette de moins de 500 $ sur leurs livres en 2011) et que ce comportement ne menace pas l'édition « industrielle », il conviendrait d'observer plus en amont cette structure nouvelle qui tente de toujours mieux s'organiser et d'évoluer.