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L'autoédition, un moyen d'échapper aux préjugés des éditeurs ?

Xavier S. Thomann - 26.06.2013

Edition - International - Afro-américain - Auto-édition - Racisme


Sur son blog, l'auteur américain Kristine Kathryn Rusch revient en long et en large sur les péripéties autour de la publication de sa série de romans noirs Smokey Dalton. Son personnage principal est un détective noir de Memphis, elle est une femme blanche. Un livre impossible à marketer selon plusieurs éditeurs importants. 

 

 

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Face aux difficultés, et après une tentative pas très concluante avec un petit éditeur, l'auteur a décidé d'éditer elle-même son livre. Cette histoire se déroule sur plusieurs années, puisqu'elle a écrit le premier volume de la série à la fin des années 1990. C'est seulement l'année dernière qu'elle a décidé de prendre les choses en main. 

 

Quand elle a écrit la première aventure de son détective, son agent littéraire a été on ne peut plus clair. « Il y a une règle dans le monde de l'édition selon laquelle une personne blanche ne peut pas écrire à propos de personnes noires, du moins à la première personne » explique Rusch.

 

Comme elle avait écrit le livre sous pseudonyme, les grands éditeurs auxquels le livre a été présenté ont cru que l'auteur était un homme noir ayant participé au mouvement des Droits Civiques. Selon l'auteur, dès que les éditeurs ont compris qui elle était, il n'a plus été question de publier le livre. « Ils ont retiré leurs offres », explique-t-elle. 

 

Ensuite, elle a réussi à faire publier son livre chez St Martin's, dont elle garde un bon souvenir à ceci près que le livre a été très mal distribué. Quand elle se rendait dans une librairie pour une rencontre, ses livres ne s'y trouvaient pas. Elle explique : « Les lecteurs demandaient des exemplaires. Les bibliothèques voulaient les livres. J'entendais des gens partout dans le pays qui voulaient acheter les livres, mais étaient incapables de les trouver». 

 

Tout ceci a eu pour effet d'affecter très profondément l'auteur, qui dit avoir « anéantie » par ces épreuves. Du coup, elle quitte son éditeur en 2005. L'année dernière, elle a pris la décision de redonner une vie à ces livres, par l'intermédiaire de la petite maison d'édition personnelle créée à l'occasion. Pour l'instant, elle ne distribue que des livres numériques, mais passera au papier le mois prochain. 

 

Cette tribune lui a aussi permis d'évoquer le racisme qui gangrène « les maisons d'édition traditionnelles ». Elle mentionne une anecdote (pas si anecdotique que ça) au cours de laquelle un auteur de SF afro-américain s'est énervé parce que son éditeur avait mis une femme blanche sur la couverture de son livre, alors même qu'il n'y avait pas de personnage principal blanc dans son livre.