L'autorité de la concurrence italienne s'intéresse à Mondazzoli

Nicolas Gary - 23.01.2016

Edition - International - Italie Mondazzoli - industrie livre Italie - autorité concurrence


L’autorité de la concurrence italienne a décidé d’ouvrir une enquête, dans le cadre du rachat du groupe RCS Libri par Mondadori, filiale de la holding familiale de Berlusconi. L’Autorità garante della Concorrenza e del Mercato souhaite s’assurer que ce rachat n’entraînera ni la création ni le renforcement d’une position dominante sur le marché du livre en Italie. Le futur bébé surnommé Mondazzoli représenterait tout de même 40 % du chiffre d’affaires de l’industrie. Pour le biberon, prévoir taille XXL...

 

Rizzoli New York - London Book Fair 2015

ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

Mondazzoli, pour désigner le monstre Mondadori, et l'une des maisons emblématiques du groupe RCS Libri, Rizzoli. L’objet du rachat valait au moins que l’on se penche sur la question. L’AGCM s’interroge donc sur les effets qu’aura cette vente, alors que le secteur est déjà « particulièrement concentré et intégré verticalement ». Et de noter que 60 % de l’édition est composé par cinq grands groupes, Mondadori, RCS, GEMS, Feltrinelli et Giunti. 

 

Le rapprochement de deux d’entre eux est une opération qui « en plus d’être en mesure de produire des effets néfastes sur les conditions d’accès des lecteurs aux livres, semble réduire le choix des auteurs et aggraver les conditions de négociations qui leur sont appliquées ». 

 

Forte de ces observations, l’Autorité souhaite que l’enquête puisse vérifier si le rachat conduira à la création ou le renforcement de Mondadori dans les marchés suivants : acquisition de droit d’auteurs de livres italiens et étrangers, de fiction et de documentaires ; l’édition de livres de fiction et de non-fiction ; la distribution de livres numériques.

 

« L’enquête de l’AGCM prendre en compte les effets sur le marché, en aval : celui de la distribution de livres divers [autres que le scolaires, NdR] pour la grande distribution, celui de livres divers pour les détaillants et la commercialisation en ligne. »

 

Programmée ce 21 janvier, l’enquête sera remise dans 45 jours, qui s'ajouteront donc aux délais nécessaires pour que l’Autorité se prononce. Sa décision finale était originellement attendue pour le 31 mars

 

Avis de tempête dans l'industrie du livre

 

Ce qui prête à sourire, dans cette histoire, c’est que les deux groupes concernés se sont déjà entendus : Mondadori, dirigé par Marina Berlusconi, a proposé 127,5 millions € à RCS Libri, pour prendre possession de ses maisons éditoriales. Et le tout avec une finesse et une connaissance du secteur qui prêtent à sourire. Ainsi, déclarait-elle, « faire la différence entre un livre et un détergent n’est pas quelque chose de compliqué : même moi y suis parvenue ». Son expertise fait plaisir à voir.

 

L’édition italienne ne cachait pas ses préoccupations, inquiète de ce que la liberté d’expression puisse perdre beaucoup avec la constitution d’un pareil ogre. Au point qu’un certain Umberto Eco décidait de quitter sa maison historique, Bompiani, pour suivre l’éditrice Elisabetta Sgarbi, et fonder une maison indépendante, La Nave di Teseo

 

Pour la présidente Marina, l’industrie disposera dans tous les cas d’un socle plus solide et plus compétitif, avec de nouvelles ressources à même de renforcer la position face à des groupes étrangers. Et même contre des acteurs « particulièrement agressifs, comme Amazon ». 

 

Le montant de la transaction entre RCS et Mondadori est susceptible de varier de plus ou moins 5 millions € selon les résultats 2015. Un bonus a également été prévu, selon les résultats de l’année 2017, à la hauteur de 2,5 millions €.

 

En octobre 2014, l’Autorité s’était déjà saisie d’un problème de concentration similaire, avec la création de la joint-venture entre Feltrinelli et Messagerie, autour de la distribution de livres. Deux mois plus tard, au 4 décembre, elle avait fini par autoriser ce rapprochement. 

 


Pour approfondir

Editeur : Flammarion
Genre : litterature...
Total pages : 200
Traducteur :
ISBN : 9782081311961

L'Italie, Rome et moi

de Philippe Ridet

« . la corruption des politiques, la mafia, le Festival de la chanson de San Remo, les papes, les glissements de terrain et les tremblements de terre, la faillite de la Sicile, la fabrication des pâtes et l'élaboration des sauces, la concussion, la rétorsion, l'abus de pouvoir, la ruine des ruines de Pompéi, des adresses d'hôtels en bord de mer, des recettes de cuisine, des patrons partis de rien et qui ont bâti un empire, des chantiers qui ne finiront jamais, la fuite à l'étranger des jeunes diplômés, des pactes entre banquiers à Milan, des meurtres gratuits et des règlements de comptes à Naples, l'abandon de Cinecittà, le pull de cachemire noir de Sergio Marchionne, le patron de la Fiat, les vestes à larges revers de Lapo Elkann et les costumes stricts de son frère John, les combines du football, la chasse aux immigrés en Calabre, les sermons de Roberto Saviano, l'omniprésence de l'Église, le chômage, la dette et le spread, l'évasion fiscale. » Rien ou presque n'aura échappé à l'auteur de ce récit foisonnant, charmeur et si profondément original. On le refermera en pensant à Jacques Nobécourt qui avait écrit : « Méfiez-vous de ceux qui ont tout compris de l'Italie et peuvent l'expliquer clairement. Ils sont sûrement mal informés. »

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