L'avenir de la librairie indépendante découvert en Australie.

Clément Solym - 14.02.2012

Edition - Librairies - Australie - Librairie - Frankton


Alors que l'on parle ici et là de la disparition de la librairie indépendante, l'exemple insulaire australien tend à prouver que certains de ces petits commerçants ont encore de l'avenir. Bien qu'ils aient effectivement connu une sombre année 2011, les détaillants australiens ont eu l'heureuse surprise d'observer un bond de leurs ventes depuis les fêtes de Noël. Un sursaut dont entend bien profiter Susanne Horman, qui ouvre sa deuxième librairie en l'espace de cinq ans.

 

Nullement refroidie par la mort lente du superdétaillant australien Angus & Robertson, cette femme avait acheté la librairie Robinson de Frankston dans la périphérie de Melbourne. Passionnée de littérature, elle appréciait les vieilles lampes, les boiseries et s'assure que son commerce soit « une boutique avec de la personnalité, c'est ce dont nous avons besoin ».

 

Dans un premier temps, elle a su pérenniser la librairie, puis en faire une véritable icône de cette petite ville banlieusarde. Avec ses 3.000 clients hebdomadaires, Susan Horman se félicite de son succès et de ses 3.000 clients hebdomadaires, mais surtout elle explique sa réussite par la proximité qu'elle a créée entre la communauté et la librairie. « Nous avons une histoire et des liens forts avec la communauté et la vraie différence est que c'est nous sommes inspirés par la communauté et non par le profit. Nous aimons les livres et ils nous passionnent, les gens ressentent cela dès qu'il franchit les portes du magasin ».

 

 Sophisme : La librairie indépendante grimpe, le koala aussi. 

La librairie indépendante est un koala.

 

Là est le point essentiel de l'argumentation et de la philosophie de Susan Horman, mais c'est surtout la différence majeure qui la sépare des grandes chaînes de libraires que sont Robinson et Angus & Robertson en Australie. Selon elle, ces conglomérats sont voués à disparaître, car ils présentent une vision aseptisée, voire populiste, de la lecture et considèrent d'abord les clients comme des vaches à lait.

 

C'est dans cet esprit qu'elle compte exporter son modèle de réussite dans d'autres villes, et donc notamment Greensborough, autre ville de la banlieue de Melbourne. Symbole des temps ou pure coïncidence ? Sa boutique ouvrira le 1er mars à l'endroit même où ont fermé les deux librairies des chaînes Robison et Angus & Robertson l'an dernier. La vente du livre change de main en Australie, place aux petits libraires et leurs étagères en bois de châtaignier.

 

Un Hub et du mortier

 

Pour autant, elle ne partage les idées conservatrices de certains libraires, qui diabolisent le livre électronique et le perçoivent comme la cause de tous leurs maux. Pour Susan Horman, lire est une bonne chose, quel que soit le support. « Je ne pense pas qu'on puisse dire que le livre papier est en train de disparaître, ce n'est pas aussi simple. […] Il y aura une place à la fois pour les livres physiques et les ebooks dans le futur. Nous avons d'ailleurs commencé à nous adapter et nous avons déjà rendu disponibles des livres numériques depuis octobre. »

 

Mais bon, si elle a compris qu'elle pourra difficilement se passer du livre numérique, elle n'en démord pas, pour elle la librairie « en brique et mortier » doit être un véritable centre au cœur de la ville moderne. « De cette manière, les gens ont une chance de parler des choses qu'ils aiment, et c'est ça qui est merveilleux ».

 

Susan Horman, un exemple à suivre ?