L'avenir de la revue et maison d'édition AAARG! plus qu'incertain

Orianne Vialo - 10.05.2016

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La maison d’édition et revue de BD bimestrielle AAARG! avait fait son apparition en kiosques en 2013. Cette société basée à Marseille qui se définit comme « une revue de bande dessinée et de culture à la masse » se retrouve aujourd’hui dans une (très) mauvaise passe. L’équipe du magazine craint pour son avenir, qu’elle estime « incertain ». Jusqu'à nouvel ordre, la publication est mise en stand-by. 

 

AAARG! du temps où il s'agissait encore d'un bimensuel

 

 

La maison d'édition AAARG!, c'est 27 ouvrages édités (38 en comptant les mooks). Pourtant, la pérennité de la société AAARG! (du côté revue comme du côté édition) n'est pas au beau fixe. Dans un long post Facebook, elle a annoncé que « Le n°4 du magazine sera sûrement le dernier. Nous ne voyons pas d’issue dans la configuration actuelle, et il nous importe d’arrêter le plus proprement possible ».

 

Ce qui les pousse à douter de leur existence ? Des soucis financiers. « Les six derniers mois, notre diffuseur n’a placé que 57 % des objectifs prévus, 54 % pour 2016 (4 mois). Une différence de chiffre d’affaires de 40.000 €. Et donc un trou de trésorerie du même montant ». Pourtant, après des déconvenues, le magazine et la maison d'édition avaient toujours réussi à se relever.

 

Fin 2015, AAARG! rencontrait déjà des problèmes d’ordre économique. Cependant, ils avaient trouvé le moyen de revenir sur le devant de la scène en proposant une toute nouvelle formule aux lecteurs : un magazine non plus bimestriel mais mensuel, de 100 pages, disponible en kiosques et en librairies, dont le prix a été divisé par trois (de 15 €, le prix du magazine a été abaissé à 5 €, sauf pour les hors-séries dont le tarif est compris entre 6,50 € et 7,50 €). 

 

Cela devait permettre d’une part d’avoir une périodicité fixe, mais d’autre part cela devait rendre la revue plus accessible au public qui ne pouvait pas débourser 15 € d’un seul coup pour un périodique. Pour ce faire, l’équipe d’AAARG! a donc ouvert une campagne de financement participatif sur Ulule. 

 

Sur les 5000 € qu’ils souhaitaient récolter, ils en ont collecté 61.138 € (soit 12 fois plus que le montant espéré par l’équipe). Ce financement participatif leur a qui leur a permis de récolter les fonds nécessaires pour amorcer la reconversion du format de la revue. Une version deluxe du magazine restait cependant disponible pour ceux qui préféraient le format d’origine, vendue pour une dizaine d'euros. 

 

 

Les deux derniers numéros en date de la revue

 

 

« La revue devait muer pour qu'on continue »

 

Dans une interview accordée à Bodoï durant cette période de mutation, le rédacteur en chef Pierrick Starsky expliquait que la revue était un gouffre financier sans fond. « La fabrication coûte très cher […] Notre seuil de rentabilité était à 8000 exemplaires, nous avons réussi à le faire baisser un peu en tirant les coûts partout. Mais nous ne l’atteignons pas. Et les retours [livres invendus, NdR] nous ont fait très mal… La revue devait muer pour qu’on continue, tout en payant les auteurs ». 

 

Dès le mois de février 2016, la nouvelle ligne éditoriale était appliquée : deux tiers du magazine sont dédiés à la bande dessinée, tandis que le dernier tiers est consacré aux dossiers, aux articles et à la littérature.

Ainsi, les lecteurs retrouvaient chaque mois une à deux histoires à suivre, des entretiens, un grand reportage photo, des chroniques, des dossiers et articles (sur les thèmes du cinéma, de la littérature ou de la musique), un journal satirique d’actualités « Rien ». 

 

Malheureusement, après seulement quatre numéros, la situation se corse de nouveau. Aujourd’hui, comme annoncé plus haut, les activités du magazine et des éditions AAARG! sont de nouveau suspendues, et l'équipe est à la recherche d’un repreneur pour la revue au contenu cynique. 

 

« Nous allons d’ores et déjà rencontrer d’éventuels repreneurs et étudier des propositions crédibles et fidèles à l’esprit de la maison, dans le but de ne pas laisser mourir la bête d’un rhume alors qu’elle tire un train solide rempli de talents. AAARG! est aujourd’hui une institution dans le monde de la bande dessinée francophone, et nous en sommes fier.e.s […] Pour l’instant, pour une durée indéterminée, le magazine AAARG! entre dans une période de stand-by et notre avenir est incertain. On vous tient au courant ».

 

Affaire à suivre, donc…

 

(via Bodoï)