Quand Decitre pouvait acheter la SFL, filiale de la Fnac

Nicolas Gary - 02.07.2015

Edition - Economie - Decitre - SFL - Fnac


Fondée en 1951, la Société Française du Livre était originellement une entreprise familiale. En 1999, Fnac fit main basse sur cette dernière, ainsi que Alibabook.com, toutes deux propriétés de la société que dirigeait Jean-Manuel Escalas, Alizé. Fnac l’avait joué fine : Amazon n’ouvrirait ses tables numériques qu’en août 2000, mais Alibabook intéressait beaucoup le marchand, pour sa base de données. 

 

SFL rue rottembourg Decitre Cultura rachat

 

 

L’objectif, à l’époque, était de conquérir le marché francophone, et Alibabook était véritablement précurseur, comme une sorte de Fnac.com avant l’heure. Avec 300.000 visiteurs depuis son ouverture, et une centaine de commandes par jour, le site avait de quoi promettre. Quant à la SFL, elle enregistrait 130 millions de francs de chiffre d’affaires (plus de 19,8 millions €), avec une spécialisation dans la vente aux librairies indépendantes, aux comités d’entreprises et aux collectivités. 

 

À l’époque, on frémissait de voir qu’une nouvelle étape de la concentration, vingt ans à peine après la promulgation de la loi Lang, se manifestait. 

 

Mais voilà : selon les informations qu’a obtenues ActuaLitté, la SFL, aujourd’hui, commence à peser lourd dans les actifs de Fnac. D’une part, on envisage un déménagement de l’entrepôt, pour une surface largement plus réduite, d’autre part, ce déplacement aurait pour conséquence de provoquer quelques départs de salariés. Fnac nous a assuré qu’il n’était pour l’instant question que d’une consultation, et d’une série d’informations des employés, mais les documents que nous avons pu consulter sont formels : la direction de la SFL tente de se séparer depuis quelques années de cette branche, de moins en moins attractive.

 

Entre 2008 et 2013, Marie-Séverine Micalleff fut directrice de la SLF. Elle devint également directrice du département livre chez Fnac, entre 2011 et 2012. « On ne la voyait que tous les quinze jours », se souvient un salarié. « Mais on n’aurait pas dû se plaindre ! » Dans la foulée, c’est Élodie Perthuisot, ancienne directrice de cabinet de Frédéric Mitterrand quand il était à la Culture, est nommée directrice du livre en juin 2012. « Cette fois, on ne la voyait plus qu’une demie-journée tous les mois. » 

 

Aucune stratégie claire ne se profilait, quelle que soit l’interlocutrice, comme le laissent comprendre les témoignages que nous avons pu recueillir. Jean-Baptiste Prévoteau, actuel PDG de la SFL, n’a pas encore répondu à nos demandes de précisions. Mais une partie des perspectives choisies se retrouvent dans un document qui, en juillet 2013, fait état de plusieurs informations importantes. 

 

Entre 2012 et 2013, la SLF est passée de 21,4 millions € de chiffre d’affaires à 20,783 millions €. Et depuis 2009, le groupe constatait une « baisse structurelle d’activité sur les différents segments, qui s’accélère ». Et comme nous l’avions souligné, 2014 fut également une autre mauvaise passe, avec 18,76 millions €, soit - 9,7 %, par rapport à 2013 (et -12,69 % sur l’activité de grossiste). 

 

Vendre, à Decitre, Cultura, ou ne plus vendre ?

 

En l’état, les perspectives étaient déjà sombres, et en juillet 2013, la société fait déjà face à plusieurs options. Et la première évoquée n’est pas des moins étonnantes : « Les premiers contacts avec Decitre ont été initiés en février », peut-on lire. Le prix de cession envisagé en mars était de 3,2 millions €, puis sera revu à 5 millions € fin avril. 

 

« En parallèle, des contacts ont été pris avec d’autres acheteurs. Une réunion a été organisée avec Cultura, qui a formellement décliné, mais est prêt à rentrer en discussion commerciale avec la SFL. Plus généralement, compte tenu de la performance commerciale, il semble très inopportun de céder l’activité actuellement. »

 

On évoque également un projet de valorisation, avec plusieurs pistes pour relancer l’activité : réduction du coût du loyer, optimisation des coûts supports, et investissement IT. De quoi apporter une valeur minimum à la société de 5 millions €. Sauf que, selon nos informations, en matière d’investissement, peu a été fait. Dans tous les cas, le processus de cession était arrêté. 

 

En revanche, trois scénarios sont noir sur blanc présentés, « pour pérenniser l’activité SFL ». 

 

Déménégament SLF en Seine St Denis: 

Fermeture du siège de St Denis, déplacement de l’activité logistique dans un entre entrepôts, et l’activité commerciale rapatriée au Flavia.

Hébergement de la logistique SFL à Wissous : 

On prend les mêmes, et on recommence

Fusion absorption dans Fnac

La marque SFL sera alors pleinement intégrée à Fnac, tout en conservant son existence. 

 

Enfin, reste l'idée de fermer la librairie de la rue Rottembourg, qui restait une « option envisageable ». Le magasin, comme l’appellent les salariés, serait éparpillé entre les différents magasins Fnac existants, et les libraires liés à une activité de B2B/grossiste, pourrait apporter cette compétence dans les Fnac directement. 

 

En juillet 2013, donc, toutes les pistes évoquées conduisaient au départ de Saint-Denis. Si les négociations avec Decitre n’aboutissaient finalement pas, cette option restait encore ouverte. Et le déménagement dans l’entrepôt logistique de Wissous était l’une des pistes les plus nettes. 

 

Les salariés devraient ne pas manquer de faire savoir à la direction leur agacement, dans les prochains jours. Guillaume Decitre, actuel PDG de Decitre, n'a pas souhaité apporter de commentaires.


Pour approfondir

Editeur : PUF
Genre : industrie culturelle
Total pages : 213
Traducteur :
ISBN : 9782130581659

La FNAC, entre commerce et culture

de Vincent Chabault

On trouvera ici une histoire croisée de la FNAC et de ses employés. Fondé en 1954 par deux anciens militants d’extrême-gauche, ce distributeur façonne les pratiques de consommation culturelle des Français: les temps forts du développement de l’enseigne illustrent un modèle commercial basé sur l’alliance avec le consommateur, la médiation culturelle et les prix bas. L’ouvrage étudie également la trajectoire professionnelle des générations d’employés, entrés à la FNAC pendant ou après des études supérieures. Ce livre contribue à la fois aux réflexions menées sur la consommation culturelle et sur l’insertion professionnelle des jeunes générations.

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